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vendredi 10 juin 2022

Personne n'aime courir

Nouveau roman dont je m'en vais consigner des extraits ici. Son pitch est simple : Un couple de sexagénaires. Elle, ancienne sportive désormais empêchée par des genoux douloureux. Lui, qui n'a jamais pratiqué la course à pied et se met tout à coup en tête de courir un marathon. Une opposition de phase bien sûr génératrice de tensions, le tout sur un fond de culte de la performance, et vieillissement inéluctable des corps.

Avant toute chose, petite mise à point de Renata à son mari :

Un tuyau pour toi : personne n'aime courir. Les gens font semblant, mais ils mentent. La seule satisfaction, c'est d'avoir couru. Sur le moment, c'est ennuyeux et pénible, dans le sens où il faut fournir un effort et non parce que c'est difficile de savoir le faire. C'est répétitif. N'espère pas y trouver la révélation de quoi que ce soit. Je suis probablement ravie d'avoir eu une excuse pour abandonner. Et c'est sans doute ça que je ne peux pas me pardonner. Mais j'ai au moins la joie de ne plus faire partie de la masse des abrutis qui soufflent de concert en pensant tous être tellement différents.

Lionel ShriverQuatre heures, vingt-deux minutes et dix-huit secondes (2021)

dimanche 18 octobre 2020

Are you lonely at night?

Visionnant le film "I, Tonya" qui relate la trajectoire de la patineuse américaine connue pour avoir été liée à l'agression de sa rivale Nancy Kerrigan, je m'attendais à y entendre le morceau "Tonya Harding" de Sufjan Stevens... Sauf que non, les deux projets sont disjoints. L'écriture de cette chanson aurait même été en germe depuis une retransmission TV de 1991.

Tonya Harding, my star
Well this world is a cold one
But it takes one to know one
And God only knows what you are

Just some Portland white trash
You confronted your sorrow
Like there was no tomorrow
While the rest of the world only laughed

Triple axel on high
A delightful disaster
You jumped farther and faster
You were always so full of surprises

Are your laces untied?
What’s the frown on your face for?
And just what are the skates for now?
Tell me which is your good side?

Are you lonely at night?
Do you miss all the glory
And the mythical story
Of the Olympian life?

Yamaguchi in red
She had high rise and roses
And red-carpet poses
And her outfit was splendid

Nancy Kerrigan’s charm
Well she took quite a beating
So you’re not above cheating
Can you blame her for crying?

Tonya, you were the brightest
Yeah you rose from the ashes
And survived all the crashes
Wiping the blood from your white tights

Has the world had its fun?
Yeah they’ll make such a hassle
And they’ll build you a castle
Then destroy it when they’re done

Tonya Harding, my friend
Well this world is a bitch, girl
Don’t end up in a ditch, girl
I’ll be watching you close to the end

So fight on as you are
My American princess
May God bless you with incense
You’re my shining American star

Sufjan Stevens, Tonya Harding (2017)
I, Tonya, Craig Gillespie (2017)

mardi 8 août 2017

#pasgorafi

Sara Errani, finaliste en 2012 de Roland-Garros, vient d'être suspendue deux mois pour dopage. [...][Elle] a réagi en affirmant avoir subi une « contamination accidentelle » en raison de la prise par sa mère d'un médicament contenant du letrozole. « Je n’ai jamais pris de produits interdits dans ma carrière et dans ma vie », écrit-elle dans un communiqué.

« Cependant, cette substance (letrozole) est présente dans le Femara, un médicament que ma mère utilise quotidiennement depuis 2012 à des fins thérapeutiques après une opération d'un cancer au sein. Par conséquent, il était présent dans la maison où j’habite », ajoute Sara Errani. Alors que sa mère préparait des tortellinis, elle aurait accidentellement fait tomber du Femera dans les pâtes, selon la joueuse. Des explications qui ont semblé convaincre le tribunal indépendant.

[via lemonde.fr]
Libération, bien informé, complète en nous expliquant que cette substance peut aussi "cacher l’absorption de testostérone"

jeudi 20 juillet 2017

le poids des ans

Tour d'Italie, 1949. La rivalité Coppi-Bartali, entamée en 1940, est à son comble. Le premier, ancien co-équipier du second, devait l'égaler puis le dépasser au nombre de "Giro" remportés. Coppi est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands coureurs de l'histoire du cyclisme, ce qui lui vaut le surnom de « campionissimo ». Quant à Bartali...

C'est un vaincu, Bartali, aujourd'hui. Pour la première fois. voilà qui nous remplit d'amertume, car cela nous rappelle intensément notre sort commun à tous. Aujourd'hui, pour la première fois, Bartali a compris qu'il était arrivé à son crépuscule. Et pour la première fois il a souri. C'est de nos propres yeux que nous avons constaté le phénomène lorsque nous sommes passés à côté de lui. Quelqu'un l'a salué sur le bord de la route. Et lui, tournant légèrement la tête dans cette direction-là, il a souri : l'homme hargneux, distant, antipathique, l'ours intraitable aux incessantes grimaces de mécontentement, lui, précisément : il a souri. Pourquoi as-tu fait cela, Bartali ? Ne sais-tu pas qu'en agissant ainsi tu as détruit cette sorte d'enchantement revêche qui te protégeait? Les applaudissements, les vivats des gens que tu ne connais pas commencent-ils à t'être chers ? Est-il donc si terrible le poids des ans? Tu t'es rendu, enfin.

Dino Buzzati, Sur "le Giro" (1949)

mercredi 19 juillet 2017

Les laissés-pour-compte du temps maximum

En 1949, le Corriere della Sera confie à Dino Buzzati la couverture quotidienne du tour d'Italie dans ses colonnes. Prophane en matière de cyclisme, l'écrivain apportera sa touche personnelle, en s'éloignant de la chronique purement sportive et en s'attachant parfois à des aspects connexes de la course.
Ainsi, le 30 mai, il s'attarde sur les derniers coureurs de l'étape, ceux qu'il appelle "les laissés-pour-compte du temps maximum". On retrouve bien là l'auteur du "désert des tartares" (1940) et sa conception malléable du temps.
Extrait.

Déjà le soleil décline entre des halos rougeâtres qui poudroient, et la foule continue de défiler. Des courants toujours plus tumultueux viennent déferler contre lui, qui progresse péniblement. [...] A présent il est seul.

Les gens le heurtent, il est ballotté de-ci de-là ; une automobile, avec les gémissements plaintifs de sa sirène, le contraint à marquer le pas. La lueur du jour s'estompe, voici que s'allument les réverbères. «Où est le stade? » demande-t-il. Les gens font un signe vague, comme s'ils étaient agacés. « Je vous en prie, je vous en prie », implore-t-il d'une voix faible. Mais déjà il fait nuit. Combien d'heures se sont écoulées depuis que les premiers sont arrivés ? Combien de jours ? Ou de mois ? La nuit est sombre, et au-delà de la foule les lumières des cafés scintillent. Et, sans cesse renouvelée, la cohue : une coulée de lave noire qui vient à sa rencontre, hostile. «Où est le stade?» demande-t-il. «Quel stade?» répondent les gens. «Celui du Giro d'Italia.» «Ah, le Giro d'Italia... c'était la belle époque... » et ils secouent la tête, pleins de pitié. Non pas des heures non pas des jours ni des mois : ce sont donc des années entières qui se sont écoulées depuis que les premiers sont arrivés. Et lui, il est seul. Et il fait froid. Et sa fiancée se promené en compagnie d'un autre ; ou peut-être s'est-elle déjà mariée... « Où est le stade ? » supplie-t-il. «Stade? répondent-ils. Giro d'Italia? Qu'est-ce que cela signifie?».

Dino Buzzati, Sur "le Giro" (1949)

samedi 1 juin 2013

Les raquettes sont aussi des instruments à cordes

La séquence Cannes - Roland Garros annonce pour beaucoup la dernière ligne droite avant l'été. Toujours en prise directe avec la réalité, Arise Therefore va parler Tennis aujourd'hui (comme quelques autrefois auparavant).

"Tennis et Musique", même. 

Commençons par de récentes références explicites : Celle des français de Papaye pour leur album Tennis, avec une pochette fort à propos.

Même cohérence visuelle pour Indian Wells et leur "tennistronic" (c'est ainsi qu'ils définissent leur style musical) hautement recommandable.
L'album est librement téléchargeable sur le bandcamp du groupe.
Ci-dessous, un extrait (Wimbledon 1980) pour sonoriser votre lecture :




Enchaînons maintenant avec une "disambiguation" de mise.
Ainsi faut-il se garder de confondre les Denverites - au look un brin rétro - de Tennis
 et les Japonais de Tennis Coats (au look... japonais)

On pourra déplorer (pour le bien de cet article) qu'aucun de ces groupes n'ait eu recours à des pochettes en rapport avec ce sport. Avouez que pour le single Marathon, on n'était pas loin
(on imagine bien un court hors champ).


Si je poursuis le fil conducteur (ténu) de cet article, il me faut désormais évoquer Housse de Racket.

A leurs débuts, tout leur univers était centré sur le tennis, pour un résultat désopilant. Le morceau "housse de racket" samplait en préambule les commentateurs sportifs Jean-Paul Loth et Michel Dhrey, assistant vraisemblablement à un échange épique.
Et l'un d'eux de conclure :

"Les raquettes sont aussi des instruments à cordes"


Tennis, Marathon (Underwater People, 2010)
Papaye, Tennis (Kythibong, 2013)
Indian Wells, Night Drops (Bad Panda Records, 2012)
Housse de Racket, Oh Yeah (Discograph, 2008)


Bonus :
Chris Rea, Tennis (Magnet, 1980)

mardi 5 juin 2012

I think he's crying


- That's 72 unforced errors for Richie Tenebaum. He's playing the worst tennis of his life. What's he feeling right now, Tex Hayward?
- I don't know, Jim. There's obviously something wrong with him. He's taken off his shoes and one of his socks and... actually, I think he's crying.

Wes Anderson, the Royal Tenenbaums (2001)

Note: il y a 3 ans, à pareille époque, on parlait aussi tennis sur ce blog

jeudi 1 octobre 2009

A quoi pensent les joggers du dimanche?


Ce texte n'a rien d'exceptionnel...
il n'est pas particulièrement beau, ni bien écrit, ni porteur d'idées remarquables.
Pour autant, il y a autour de moi suffisamment de joggers pour que je le publie ici.

Il est chanté par Miossec dans son dernier album.
L'écriture n'a pas changé, les intonations non plus.
Si le morceau devait faire l'objet d'un clip, j'imagine très bien Miossec, assis sur le dossier d'un banc, au Bois de Vincennes, par exemple.
Le statisme de ce plan serait bien entendu opposé à une galerie (pittoresque) de joggers en exercice, seuls ou en groupes.
Certains seraient filmés au ralenti.
D'autres traverserait le champ, tandis que Miossec chante.


Et ca passerait sur W9.
Non?

A quoi pensent les joggers du dimanche
Quand à petites foulées ils avancent?
A la semaine passée
Ou à celle qui se présente
A la prochaine montée
Quand ils dévalent leur pente?

A quoi pensent les joggers du dimanche?
Calculent-ils les minutes et les secondes
Qui les approchent de la fin du monde?
Est-ce pour quitter le foyer
Ou pour la joie d’y retourner?

Tous les dimanches
Tous les dimanches
Après quoi courons-nous
C’est la question qui me démange
Tous les dimanches
Tous les dimanches
Je pense à toi et je pense à eux
Et je pense à nous et j’ai le coeur qui flanche
Après quoi courons-nous tous les dimanches
C’est la question qui me démange
Tous les dimanches
Tous les dimanches

A quoi pensent les joggers du dimanche?
Regardent-ils toujours la cime des peupliers
Ou bien ont-ils les yeux fixés
Sur les surfaces goudronnées?
Ont-ils en tête l’envie de tuer
Ou est-ce juste l’envie de s’épuiser?
Veulent-ils s’alléger de leur poids
Ou ne font-ils que compter compter leurs pas?

Tous les dimanches
Tous les dimanches
Après quoi courons-nous
C’est la question qui me démange
Tous les dimanches
Tous les dimanches
Je pense à toi et je pense à eux
Et je pense à nous et j’ai le coeur qui flanche
En pensant aux joggers du dimanche

Refont-ils toujours le même trajet
Avec leurs petites foulées?
Finissent-ils toujours par sprinter
Ou se laissent-ils relâcher?
Est-ce que ça soulage leur conscience?
Est-ce que ça donne à leur vie un peu de sens?


Miossec - Les joggers du dimanche
Finistériens (PIAS, 2009)
www.myspace.com/miossec


« On ne court pas en plein soleil, même le dimanche, sans avoir bu.
Ça me servira de leçon. »