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dimanche 16 novembre 2025

Un sublime exemple de compassion et de compréhension

Un de mes professeurs de lycée a un jour fait lire à la classe la célèbre lettre de Henry James à son amie endeuillée Grace Norton, considérée depuis sa publication comme un sublime exemple de compassion et de compréhension. Même lui commence sa lettre par «Je ne sais que dire ». 
Ce passage rapporté ici vous a intrigué ? Et vous ne connaissez pas cette fameuse lettre ? Là voici (en VF puis VO) ! Il s'agit d'une réponse adressée à l'une de ses amies Grace Norton, au plus mal après le récent décès d'une proche. 

Ma chère Grace,

Devant les souffrances des autres, je suis toujours complètement impuissant, et la lettre que vous m'avez donnée révèle de telles profondeurs de souffrance que je ne sais pas trop quoi vous dire. Ce n'est en effet pas mon dernier mot, mais ce doit être mon premier. Vous n'êtes pas isolée, vraiment, dans de tels états d'âme - c'est-à-dire, dans le sens où vous semblez faire vôtre toute la misère de toute l'humanité ; seulement, j'ai le terrible sentiment que vous donnez tout et ne recevez rien - qu'il n'y a pas de réciprocité dans votre sympathie - que vous avez toute l'affliction et aucun des retours. Cependant, je suis déterminé à ne vous parler qu'avec la voix du stoïcisme.

Je ne sais pas pourquoi nous vivons - le don de la vie nous vient de je ne sais quelle source ou dans quel but ; mais je crois que nous pouvons continuer à vivre pour la raison que (toujours bien sûr jusqu'à un certain point) la vie est la chose la plus précieuse que nous connaissions et il est donc présomptueux de la renoncer tant qu'il en reste encore dans la coupe. En d'autres termes, la conscience est un pouvoir illimité, et bien qu'elle puisse parfois sembler n'être que conscience de la misère, pourtant, dans la façon dont elle se propage de vague en vague, de sorte que nous ne cessons jamais de ressentir, bien qu'à certains moments nous semblions, essayions, priions, il y a quelque chose qui nous maintient à notre place, en fait un point de vue dans l'univers qu'il est probablement bon de ne pas abandonner. Vous avez raison dans votre conscience que nous ne sommes tous que des échos et des réverbérations de la même chose, et vous êtes noble lorsque votre intérêt et votre pitié pour tout ce qui vous entoure semblent avoir un pouvoir de soutien et d'harmonisation. Seulement, je vous en prie, ne généralisez pas trop dans ces sympathies et ces tendresses - souvenez-vous que chaque vie est un problème particulier qui n'est pas le vôtre mais celui d'un autre, et contentez-vous de l'algèbre terrible de la vôtre. Ne vous fondez pas trop dans l'univers, mais soyez aussi solide, dense et fixe que possible. Nous vivons tous ensemble, et ceux d'entre nous qui aiment et savent, vivent le plus ainsi. Nous nous aidons les uns les autres - même inconsciemment, chacun dans notre propre effort, nous allégeons l'effort des autres, nous contribuons à la somme du succès, nous permettons aux autres de vivre. Le chagrin vient par grandes vagues - personne ne peut le savoir mieux que vous - mais il nous submerge, et bien qu'il puisse presque nous étouffer, il nous laisse sur place et nous savons que s'il est fort, nous sommes plus forts, dans la mesure où il passe et nous restons. Il nous use, nous utilise, mais nous l'usons et l'utilisons en retour ; et il est aveugle, alors que nous, d'une certaine manière, voyons.

Ma chère Grace, vous traversez une obscurité dans laquelle moi-même, dans mon ignorance, je ne vois rien d'autre que le fait que vous avez été rendue misérablement malade par elle ; mais ce n'est qu'une obscurité, ce n'est pas une fin, ou la fin. Ne pensez pas, ne ressentez pas, plus que vous ne le pouvez, ne concluez pas et ne décidez pas - ne faites rien d'autre qu'attendre. Tout passera, et la sérénité et les mystères acceptés et les désillusions, et la tendresse de quelques bonnes personnes, et de nouvelles opportunités et beaucoup de vie, en un mot, resteront. Vous ferez encore toutes sortes de choses, et je vous aiderai. La seule chose est de ne pas fondre entre-temps. J'insiste sur la nécessité d'une sorte de condensation mécanique - de sorte que, quelle que soit la vitesse à laquelle le cheval s'enfuit, il y aura, lorsqu'il s'arrêtera, une G. N. un peu agitée mais parfaitement identique, laissée en selle. Essayez de ne pas être malade - c'est tout ; car en cela il y a un avenir. Vous êtes destinée au succès, et vous ne devez pas échouer. Vous avez mon affection la plus tendre et toute ma confiance.

Toujours votre ami fidèle,

Henry James


*
*       *


My dear Grace,

Before the sufferings of others I am always utterly powerless, and the letter you gave me reveals such depths of suffering that I hardly know what to say to you. This indeed is not my last word—but it must be my first. You are not isolated, verily, in such states of feeling as this—that is, in the sense that you appear to make all the misery of all mankind your own; only I have a terrible sense that you give all and receive nothing—that there is no reciprocity in your sympathy—that you have all the affliction of it and none of the returns. However—I am determined not to speak to you except with the voice of stoicism.

I don’t know why we live—the gift of life comes to us from I don’t know what source or for what purpose; but I believe we can go on living for the reason that (always of course up to a certain point) life is the most valuable thing we know anything about and it is therefore presumptively a great mistake to surrender it while there is any yet left in the cup. In other words consciousness is an illimitable power, and though at times it may seem to be all consciousness of misery, yet in the way it propagates itself from wave to wave, so that we never cease to feel, though at moments we appear to, try to, pray to, there is something that holds one in one’s place, makes it a standpoint in the universe which it is probably good not to forsake. You are right in your consciousness that we are all echoes and reverberations of the same, and you are noble when your interest and pity as to everything that surrounds you, appears to have a sustaining and harmonizing power. Only don’t, I beseech you, generalize too much in these sympathies and tendernesses—remember that every life is a special problem which is not yours but another’s, and content yourself with the terrible algebra of your own. Don’t melt too much into the universe, but be as solid and dense and fixed as you can. We all live together, and those of us who love and know, live so most. We help each other—even unconsciously, each in our own effort, we lighten the effort of others, we contribute to the sum of success, make it possible for others to live. Sorrow comes in great waves—no one can know that better than you—but it rolls over us, and though it may almost smother us it leaves us on the spot and we know that if it is strong we are stronger, inasmuch as it passes and we remain. It wears us, uses us, but we wear it and use it in return; and it is blind, whereas we after a manner see.

My dear Grace, you are passing through a darkness in which I myself in my ignorance see nothing but that you have been made wretchedly ill by it; but it is only a darkness, it is not an end, or the end. Don’t think, don’t feel, any more than you can help, don’t conclude or decide—don’t do anything but wait. Everything will pass, and serenity and accepted mysteries and disillusionments, and the tenderness of a few good people, and new opportunities and ever so much of life, in a word, will remain. You will do all sorts of things yet, and I will help you. The only thing is not to melt in the meanwhile. I insist upon the necessity of a sort of mechanical condensation—so that however fast the horse may run away there will, when he pulls up, be a somewhat agitated but perfectly identical G. N. left in the saddle. Try not to be ill—that is all; for in that there is a future. You are marked out for success, and you must not fail. You have my tenderest affection and all my confidence.

Ever your faithful friend—

Henry James

jeudi 4 février 2021

In jedem Ton liegt eine Hoffnung

Il y a deux groupes germanophones que j'adore. Kante et Tocotronic. Tous deux de Hambourg (la fameuse Hamburger Schule). Si j'aime d'amour l'album "Zweilicht" (2001) des premiers, les seconds me font plus régulièrement plaisirs (leur dixième album étant paru en 2018). J'avais presque oublié ce chaleureux morceau de début de pandémie, emprunt d'une si belle mélancolie.
Allez, je guette leur prochaine tournée allemande, et je réserve mes billets de train et hôtel.


Hier ist ein Lied, das uns verbindet
Und verkündet: Bleibt nicht stumm
Ein kleines Stück, Lyrics and Music
Gegen die Vereinzelung

In jedem Ton liegt eine Hoffnung,
eine Aktion in jedem Klang
In jedem Ton liegt eine Hoffnung
Auf einen neuen Zusammenhang

Hier ist ein Lied, das uns verbindet
Und es fliegt durchs Treppenhaus
Ich hab den Boden schwarz gestrichen
Wie komm ich aus der Ecke raus?

Aus jedem Ton spricht eine Hoffnung
Transformation aus jedem Klang
Aus jedem Ton spricht eine Hoffnung
Auf einen Neuanfang

Und wenn ich dann schweigen müsste
Bei der Gefahr die mich umgibt
Und wenn ich dann schweigen müsste
Dann hätte ich umsonst gelebt

Wenn ich dich nicht bei mir wüsste
Hätte ich umsonst gelebt
Wenn ich dich nicht bei mir wüsste
Hätte ich umsonst gelebt

Tocotronic - Hoffnung (2020)

lundi 1 janvier 2018

My new resolution

There are things some people classify as pleasures
That just before I die I'll have no regrets for having missed
Camping and orgies and places on the body I've never kissed

But however you define whatever you have in mind
We both have a need for things we don't need
Like belief and relief and pleasure and grief

Now I'm sitting here waiting to leave New Year's Eve
Nothing good came from [2017*]
But death and destruction and my new resolution
To drink more and laugh more and sleep more and dream more

The New Year - MMV
s/t (Touch and Go, 2008)
- - -
(*) "MMV" (ie "2005") dans le texte original

mardi 10 octobre 2017

Making a better world

"If you assume that there is no hope, you guarantee that there will be no hope. If you assume that there is an instinct for freedom, that there are opportunities to change things, then there is a possibility that you can contribute to making a better world."

Citation de Noam Chomsky, reprise dans
Captain Fantastic, Matt Ross (2016)

jeudi 1 janvier 2015

Can we walk in hope into another new year ?


Can we walk in hope
Into another new year
Just to cast away the ghosts
Or to have the time again ?
You said hold on to dreams
But I know you don't try
Cos you're innocent,
I know that you won't survive

I heard the phone ring
So late at night that 
I thought someone had died.
But your voice was full of hope
Like it was on better days,
On clear mornings
When the rain had left the sky

I can't stand the thought of you alone

Don't try to get close to us
Because there's nothing
but our souls laid bare.
Will we survive? I know we will


Hood, You Show No Emotion At All
Cold House (Domino, 2001)
[clip]

mercredi 4 juin 2014

Je peux enfin continuer

Quelque part entre Clara Clara (pour les synthés), Rhume (pour la scansion, ou encore l'aspect brut de certaines paroles), Fauve (pour les questionnements existentiels post-adolescents) se trouve le groupe grenoblois Taulard.
Un mélange, qui, je le conçois, pourra laisser perplexe.


j’ai patienté, j’ai fait passer
les mois d’attentes comme je l’ai pu
petit à petit je me suis remis
sur les bons rails

je me sens de nouveau en confiance
je vois que tout se remet en place
finalement ce fût lent
je me suis sorti d’un faux pas
je peux enfin continuer
je me sens soulagé
toutes les choses qui me tiennent à cœur
finalement je me sens bien


Taulard, Se sortir d'un faux pas
Les abords du lycée (autoproduit)


vendredi 3 mai 2013

Un nouveau jour se lève

Une traversée du Marais m'amenait hier à saluer aux côtés de M.Chat la mémoire de Chris Marker, décédé le 30 juillet dernier.


Puisque j'en suis à raviver la rubrique nécro, je voudrais ici signaler le bel et complet hommage à Jason Molina rendu par Guillaume (qui laisse des commentaires ici parfois) sur Popnews.

Autres nouvelles de la vie du monde "indie" :
Kim Gordon [Sonic Youth] revient sur sa séparation avec Thurston Moore dans Elle (US)
Ca ne va pas nous aider à nous en remettre.

Plus réjouissant: Win et Régine (Arcade Fire) sont les heureux parents d'un petit garçon né il y a quelques jours maintenant :

*
*    *


Poursuivant mon périple, j'entrais chez Fleux, et identifais immédiatement dans la bande-son du magasin "Kané" de Fauve, suivi de "4000 îles". Il faut dire qu'après avoir écouté une trentaine de fois leur Blizzard EP (à paraître le 20 mai), je suis pas mal calé.

Fauve, je vous en parlais ici en octobre dernier.
Après avoir surtout existé sur les réseaux sociaux (avec le soutien du Mouv', soyons sport), leur permettant de remplir une dizaine de salles parisiennes avant un Bataclan complet en juin, il est clair qu'ils atteignent désormais les couches mainstream
(vus sur Canal +, par exemple, ou dans nombre de festivals cet été).
Ils demeurent pourtant auto-produits.

A ceux d'entre vous qui ne les connaîtraient pas, dépassez l'impression de buzz spéculatif que vous pouvez ressentir, et écoutez.
Si je devais chroniquer leur disque, voici ce que j'écrirais.


Il me semble que la sincérité du propos devrait désarmer toute critique tentée de pointer du doigt un lyrisme adolescent facile.

Certes, le clip de Blizzard (enfin en ligne) ne va pas aider. Haters gonna hate.
Même bémol que pour "Nuits Fauves": je trouve le déroulé trop narratif / immédiat / signifiant, à tel point que la vidéo brouille l'écoute (IMO).
Sans compter la césure, qui tombe au mauvais moment

Le morceau est néanmoins excellent.


Tu nous entends le blizzard?
Tu nous entends?
Si tu nous entends
Va te faire enculer !
[...]
Tu nous entends la Mort?
Tu nous entends?
Si tu nous entends, sache que tu ne nous fais pas peur
Tu peux tirer tout ce que tu veux
On avance quand même
Tu pourras pas nous arrêter
Et on laissera personne derrière
On laissera personne se faire aligner
Tout ça, c'est fini !
[...]
Tu nous entends l'Amour?
Tu nous entends?
Si tu nous entends, il faut que tu reviennes
parce qu'on est prêts, maintenant

*
*    *


Après de multiples échecs cet automne et cet hiver aux portes de différentes salles (Pop in, Maroquinerie, International, Nouveau Casino), j'ai fini par voir Fauve à la Maison de la Radio le mois dernier.
J'avais également un instant songé tenter ma chance à Tourcoing... pour un plateau Fauve + Mendelson.

Quelle affiche (trans-générationnelle) !
J'aurais bien aimé assister à la juxtaposition des deux univers.

Mendelson, je vous en parle très souvent, et il fait pour moi parti des artistes français majeurs. Son prochain album (triple) paraît début mai, autant dire une grande nouvelle pour moi.

Sauf qu'après de multiples (tentatives d') écoutes, il se révèle un poil trop austère. Musicalement, et dans les textes (C'est pourtant quelqu'un qui adore "Quelque part", et le CD rouge de "Personne ne le fera pour nous" qui vous dit ça)

Chez Fauve, tutoiement rime avec encouragements

Et puis comment je ferais sans toi, moi?
Et puis comment l'univers il ferait sans toi?
[...]
Ca va aller, je te le promets, ca va aller.
Parce qu'on est de ceux qui guérissent,
de ceux qui résistent,
de ceux qui croient aux miracles


et seul le "je" s'auto-déprécie parfois. A cette lumière, il est intéressant de relever l'approche différente de Mendelson. Par exemple tout au long des 54 minutes et 26 secondes de "Les heures" (la "suite" de "Monsieur", paru en 2000)

On y trouve des lignes glaçantes :

Le désespoir est devenu cette habitude
vaguement même agréable
une croûte qu'on aime à se gratter
parfaitement supportable
et parfaitement supportée
Habituelle et confortable
comme un médicament
comme un cachet qui maintient ahuri, somnolent
tout est pareillement égal


Le tutoiement (celui d'une voix intérieure) s'acharnera pendant toute la durée du morceau sur le pauvre homme


Tu regardes ta vie comme on regarde une catastrophe naturelle 
Comme on regarde un incendie à l'abri des flammes, épargné
Comme on regarde une vague gigantesque depuis son poste de télé
Tu regardes ta propre vie comme on regarde son passé
Comme tu regardes cette impasse sur ce chantier dévasté
Devant qui les gens passent, et passent les années
Et chaque jour te craquelle, et chaque jour te moisit


Vous l'aurez senti, ça plombe sévère ("ton avenir te méprise").
J'attends d'avoir reçu l'album, et vu Mendelson sur scène avant de me faire un avis global. En effet, la lecture des textes paraît indispensable pour la bonne appréhension de l'objet (qui à l'écoute seule, requiert une attention extrême).
Je pressens que la qualité littéraire est au rendez-vous.

Dans "les heures", la voie intérieure parviendra finalement à détacher son interlocuteur de sa propre existence, introduisant ainsi l'usage de la 3ème personne. 

Cet homme que tu ne veux plus être
Continuera de regarder le monde qui est pour tout le monde 
Mais qui n'est pas pour lui
Laisse-le regarder sa vie comme si c'était le pire de ce qu'il fallait vivre
Laisse-le, ce n'est plus ton problème
C'est le problème de cet homme que tu ne veux plus regarder
Qui continue à croire que le destin l'a roulé
Sans voir que son destin, c'est lui qui l'aura dessiné


Et ce n'est qu'à la toute fin, que l'on entendra un "Je", compagnon d'un ultime voyage.

Regarde, la vie s'écroule 
[...]
C'est la  fin du monde
Tout s'écroule
Même ton ombre
Il n'y a plus que toi
Je t'attends
Je t'observe
Je te vois
De l'autre côté des décombres
On dirait des dunes au bord de la mer
Tu grimpes par-dessus les gravas
Le vent te souffle en plein visage
Il est 11h30 ce dimanche
Bizarrement, de ce côté-ci du monde
C'est comme si quelqu'un avait allumé la lumière
Un nouveau jour se lève
Tu regardes et tu ne reconnais pas
Tu vas y aller
Tu es en train d'y aller
Tu y vas

*
*    *


Dernière chose avant de refermer cet article beaucoup trop long, histoire de terminer sur une note plus enjouée.

Avec Dailymotion dans l'actualité ces derniers jours, on a beaucoup entendu l'expression "joyau français". Je veux dire ici que l'un des véritables joyaux français, c'est Hold Your Horses !
Pas d'actualité (annoncée), juste un concert sensas' hier à l'International.
Musicalement, il y a tout, et je me demande bien pourquoi ils font pas des Cigales sold out (entre Violent Femmes, Modest Mouse, Arcade Fire ou Efterklang).




Fauve, Blizzard
Blizzard EP (autoproduit, 2013)

Mendelson, Les heures
s/t (Ici d'ailleurs, 2013)

Hold your horses, every moment we spent talking is an island that we lost
Apologize EP (autoproduit, 2012)

vendredi 4 janvier 2013

Can we walk in hope into another new year?

Can we walk in hope
Into another new year
Just to cast away the ghosts
Or to have the time again?
You said 'hold on to dreams'
But I know you don't try
Cos you're innocent
I know that you won't survive

I heard the phone ring
So late at night
That I thought someone had died
But your voice was full of hope
Like it was on better days
On clear mornings
When the rain had left the sky

I can't stand the thought of you alone
I can't stand the thought of you alone

Don't try to get close to us
Because there's nothing
But our souls laid bare
Will we survive
I know we will

Hood, You Show No Emotion At All
Cold House (Domino, 2001)

samedi 21 avril 2012

Là, c'était la paix, le bonheur...

Je décide aujourd'hui de commencer la publication d'extraits de "Guerre et Paix" sur Arise Therefore. Oeuvre majeure, et imposante : Apprêtez-vous donc à en entendre parler durant quelques semaines. 
Le roman couvre  l'histoire de la Russie à l'époque de Napoleon Ier.
Le passage suivant prend place en 1805 au cours de la campagne d'Allemagne de la Grande Armée, opposée à la Coalition (comprenant notamment Russie et Autriche).
C'est donc la Guerre.   
Rostov se détourna, et comme s'il cherchait quelque chose au loin, il regarda les eaux du Danube, le ciel, le soleil... Qu'il était beau le ciel, bleu, calme, profond ! Qu'il était lumineux et solennel le soleil déclinant ! Comme les eaux du Danube brillaient dans le lointain, lisses et carressantes ! Mais plus attrayantes encore pour lui paraissaient les montagnes bleutées au-delà du Danube, les gorges mystérieuses, les forêts de pins baignant dans la brume. Là, c'était la paix, le bonheur... « Je ne désirerais rien, rien, je ne désirerais plus rien si seulement je me trouvais là-bas, songeait Rostov. En moi-même et dans ce soleil il y a tant de bonheur ! Tandis qu’ici… des gémissements, la souffrance, la peur et cette confusion, cette hâte… Voilà qu'on crie de nouveau et que tous se sauvent et je cours avec eux, et la voilà, la mort! La voilà au-dessus de moi, autour de moi !… Un seul instant, et jamais plus je ne verrai ce soleil, cette eau, ces défilés..."
A ce moment le soleil plongea dans la brume et Rostov aperçut d'autres civières. Et la peur de la mort, des civières, l'amour du soleil et de la vie, tout se confondit en une sensation de douloureuse angoisse.

La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï (1865-1869)

lundi 9 janvier 2012

Des raisons d'espérer

L'année 2008 s'achève, elle a été rude [...], mais nous allons sortir renforcés de cette crise.
*
L'année qui s'achève a été difficile pour tous. 2010 sera une année de renouveau.
*
L'année 2010 s'achève, je sais qu'elle fut rude [...] L'année 2011 s'annonce comme porteuse d'espérance.
*
L'année 2011 s'achève, elle aura connu bien des bouleversements. Vous finissez l'année plus inquiets, pour vous et pour vos enfants. Et pourtant, il y a des raisons d'espérer.

Nicolas Sarkozy,
Voeux du Président de la République aux Français
des 31 décembre 2008, 2009, 2010 et 2011.


[Source: l'Edition Spéciale / Canal+]

dimanche 1 janvier 2012

Pour la nouvelle année

Je vis encore, je pense encore : il faut encore que je vive, car il faut encore que je pense. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui chacun se permet d’exprimer son désir et sa pensée la plus chère : et, moi aussi, je vais dire ce qu’aujourd’hui je souhaite de moi-même et quelle est la première pensée que j’ai prise à cœur cette année - je veux dire quelle est la pensée qui devra devenir la raison, la garantie et la douceur de toute ma vie! Je veux apprendre toujours davantage à voir le beau dans la nécessité des choses : - c'est ainsi que je serai toujours de ceux qui rendent les choses belles. Amor fati : que cela soit désormais mon amour. Je ne veux pas entrer en guerre contre la laideur. Je ne veux pas accuser, même les accusateurs. Je détournerai mon regard, ce sera là ma seule négation! Et, somme toute, pour voir grand : je veux ne plus, de ce jour, être jamais qu'un affirmateur!

Friedrich Nietzsche, Le gai savoir (1882)

mercredi 7 septembre 2011

I used to be darker

_______I started
__________out in search
____________of ordinary things /
______._____How much of a tree
______..____bends in the wind/ I
______._.__started telling the story
______.___without knowing the end/
______.__.I used to be darker / Then
______.__I got lighter/Then I got dark
______.__again / Something too big
_____..___to .be .seen .was. passing
_____.____over and over me / Well
_____.__.__it seemed like a routine
_____.__.__case at first / With the
_______.___death of the shadow
_____.__.___came a lightness of verse / But
____________the darkest of nights, in truth still
______________dazzled / And I work myself until I 'm
_____.________frazzled / I ended up in search
__________of ordinary things / Like how can
___a wave possibly be / I started running when
the concrete turned to sand / I started running when
__things didn't______._ pan out as planned / In case things
___go poorly___________ and I not return / Remember the
_________________________good things I done / In case things
________________________________go poorly and I not return /
____________________________________Remember the good things
____________________________________________I've done / Or done
_________________________________________________________me in.


Bill Callahan - Jim Cain
Sometimes I Wish We Were An Eagle (Draf City,2009)

A moins que votre browser internet ne vous joue des tours (par rapport au mien), ceci est un caligramme (sommaire) tel qu'il figure à l'intérieur de l'album sus cité.

Ah et... on n'aurait qu'à dire que c'est un oiseau.

dimanche 19 juin 2011

la lumière de demain

Quand je lis ce précédent texte de Nietzsche vantant le bonheur et raillant ses propres souffrances, je ne peux m'empêcher de citer Alain, toujours avec cette idée que "la tristesse n'est jamais ni noble, ni belle, ni utile", n'en déplaise aux Romantiques.

Je dis "toujours" parce qu'il me semble avoir déjà cité cette phrase (marquante) sur ce blog. Les "propos sur le bonheur" d'Alain (aka Emile Chartier), c'est un peu la friandise philosophique par excellence: Ca se lit tout seul, pour un bénéfice immédiat (sur le plan des connaissances, comme sur le plan pratique de la vie et des pensées). Je l'ai lu au milieu de ma vingtaine, de sorte que j'avais déjà fait l'expérience de certains des thèmes (ou pièges) abordés... En fait, je serais limite d'avis d'en recommander la lecture à tout un chacun, genre à 18-20 ans.

Bon, évidemment, "Propos sur le bonheur", ça sonne un peu comme un article de magazine féminin, ou comme quantité de méthodes qui peuplent le rayon bien-être des librairies. Mais c'est plus que ça. Après tout, vous en jugerez: A la faveur d'un pdf trouvé sur internet, il est probable que je cite les passages multi-surlignés de ma version papier.

Voici donc en guise de premier extrait, le "propos" dont est tirée la citation ci-dessus. Ainsi vous aurez le cheminement complet de sa pensée.

Il y a une bonté qui assombrit la vie, une bonté qui est tristesse, que l'on appelle communément pitié, et qui est un des fléaux humains. Il faut voir comment une femme sensible parle à un homme amaigri et qui passe pour tuberculeux. Le regard mouillé, le son de la voix, les choses qu'on lui dit, tout condamne clairement ce pauvre homme. Mais il ne s'irrite point ; il supporte la pitié d'autrui comme il supporte sa maladie. Ce fut toujours ainsi. Chacun vient lui verser encore un peu de tristesse ; chacun vient lui chanter le même refrain : « Cela me crève le cœur, de vous voir dans un état pareil. »
Il y a des gens un peu plus raisonnables, et qui retiennent mieux leurs paroles. Ce sont alors des discours toniques : « Ayez bon courage ; le beau temps vous remettra sur pied. » Mais l'air ne va guère avec les paroles. C'est toujours une complainte à faire pleurer. Quand ce ne serait qu'une nuance, le malade la saisira bien ; un regard surpris lui en dira bien plus que toutes les paroles.
Comment donc faire ? Voici. il faudrait n'être pas triste ; il faudrait espérer ; on ne donne aux gens que l'espoir que l'on a. Il faudrait compter sur la nature, voir l'avenir en beau, et croire que la vie triomphera. C'est plus facile qu'on ne croit, parce que c'est naturel. Tout vivant croit que la vie triomphera, sans cela il mourrait tout de suite. Cette force de vie vous fera bientôt oublier le pauvre homme ; eh bien, c'est cette force de vie qu'il faudrait lui donner. Réellement, il faudrait n'avoir point trop pitié de lui. Non pas être dur et insensible. Mais faire voir une amitié joyeuse. Nul n'aime inspirer la pitié ; et si un malade voit qu'il n'éteint pas la joie d'un homme bon, le voilà soulevé et réconforté. La confiance est un élixir merveilleux.
Nous sommes empoisonnés de religion. Nous sommes habitués à voir des curés qui sont à guetter la faiblesse et la souffrance humaines, afin d'achever les mourants d'un coup de sermon qui fera réfléchir les autres. Je hais cette éloquence de croque-mort. Il faut prêcher sur la vie, non sur la mort ; répandre l'espoir, non la crainte ; et cultiver en commun la joie, vrai trésor humain. C'est le secret des grands sages, et ce sera la lumière de demain. Les passions sont tristes. La haine est triste. La joie tuera les passions et la haine. Mais commençons par nous dire que la tristesse n'est jamais ni noble, ni belle, ni utile.

Alain, Propos sur le Bonheur (1925)

j'ai l'audace de crayonner, moi, mon bonheur

56. Le Désir de souffrir. - Quand je songe au désir de faire quelque chose qui chatouille et stimule sans cesse des millions de jeunes Européens dont nul ne peut supporter ni l'ennui ni lui-même, je me rends compte qu'il doit y avoir en eux un désir de souffrir à tout prix afin de tirer de cette souffrance une raison probable d'agir, de faire de grandes chose. Il faut de la souffrance ! D'où les cris des homme politiques, d'où les innombrables « détresses » de toutes les classes possibles, calamités menteuses, fabriquées et enflées, et l'aveugle empressement qu'on apporte à y croire. Ce jeune monde exige que ce soit du dehors que lui arrive ou qu'apparaisse… non pas le bonheur, mais le malheur ; son imagination s'affaire déjà d'avance à lui donner les proportions d'un monstre afin de pouvoir lutter ensuite avec un monstre. Si ces assoiffés de souffrance sentaient en eux assez de force pour se « bienfaiteuriser » eux-mêmes, sans le concours du monde extérieur, pour se faire quelque chose à eux-mêmes, ils sauraient aussi du dedans se créer une misère hautement personnelle. Leurs inventions pourraient alors être plus subtiles, leurs sensations rendre le son de la bonne musique ; tandis qu'en attendant ils remplissent le monde de leur cri de détresse et, trop souvent, par ricochet, du sentiment de la détresse qui n'existeraient pas sans eux ! Ils ne savent rien faire d'eux-mêmes... c'est pourquoi ils crayonnent au mur le malheur des autres ! Et d'autres autres, à l'infini !... Je vous demande pardon, mes amis ; j'ai eu l'audace de crayonner, moi, mon bonheur.

Friedrich Nietzsche, Le gai savoir (1882)


voir aussi (312. Mon chien), pour la façon dont Nietzsche traite sa propre souffrance (ou "douleur", dans certains traduction):

J’ai donné un nom à ma souffrance: je l’appelle “chien”... Elle est tout aussi fidèle, aussi importune, impudente, et distrayante et avisée que tout autre chien... Je peux l’apostropher et passer sur elle mes humeurs ; comme d’autres sur leur chien, leur domestique et leur femme.

mardi 26 avril 2011

Il faut vivre !

IRINA, appuyant sa tête contre la poitrine d'Olga.
Un temps viendra où l'on comprendra tout cela, pourquoi ces souffrances, il n'y aura plus de mystère: mais en attendant, il faut vivre... il faut travailler, travailler... Demain, je partirai seule, j'enseignerai à l'école, je donnerai ma vie à ceux qui en ont peut-être besoin. C'est l'automne, bientôt l'hiver, la neige va tout ensevelir, je travaillerai... je travaillerai...

OLGA, enlaçant ses soeurs.
La musique est si gaie, si encourageante, et on a envie de vivre! Oh! Mon Dieu! Le temps passera, et nous quittons cette terre pour toujours, on nous oubliera, on oubliera nos visages, nos voix, on ne saura plus combien nous étions, mais nos souffrances se changeront en joie pour ceux qui viendront après nous; le bonheur, la paix règneront sur la terre, et on dira du bien de ceux qui vivent maintenant, on les bénira. Oh, mes soeurs chéries, notre vie n'est pas encore terminée. Il faut vivre! La musique est si gaie, joyeuse! Un peu de temps encore, et nous saurons pourquoi cette vie, pourquoi ces souffrances... Si l'on savait! Si l'on savait!

Olga, Irina et Macha sont
Les trois soeurs, dans la pièce de Tchekhov (1900)

dimanche 25 juillet 2010

There was never a perfect person around






Nobody's perfect. There was never a perfect person around. You just got half-devil and half-angel in ya. She promised herself she'd lead a good life from now on. She blamed it all on herself...She didn't care if she was happy or not. She just wanted to make up for what she did wrong...The sun looks ghostly when there's a mist on the river and everything's quiet. I never knowed it before. You could see people on the shore but it was far off and you couldn't see what they were doin'. They were probably callin' for help or somethin', or they were tryin' to bury somebody or somethin'. We seen trees that the leaves are shakin' and it looks like shadows of guys comin' at you and stuff. We heard owls squawkin' away, oonin' away. We didn't know where we were goin', what we were goin' to do. I've never been on a boat before. That was the first time...Some sights that I saw was really spooky that it gave me goose pimples. I felt like cold hands touchin' the back of my neck and - and it could be the dead comin' for me or somethin'. I remember this guy, his name was Black Jack. He died. He only had one leg, and he died. And I think that was Black Jack makin' those noises.


Les moissons du ciel / Days of Heaven (Terence Malick, 1978)
un film qu'à peu près tout le monde s'accorde à désigner comme un chef d'oeuvre...
Aujourd'hui à nouveau en salle en copie restaurée.

Le film suivant de Terence Malick devait sortir en salle 20 ans plus tard: Il s'agit de "the thin red line" (que j'avais vu à sa sortie), dans lequel le réalisateur aime toujours autant filmer les herbes hautes ondoyant sous la brise.




mardi 22 juin 2010

Tu te souviens de nous, étudiants?

Tu te souviens de nous étudiants,
je veux dire inscrits pour la sécurité sociale et les tarifs réduits,
de nos trente mètres carré pour mille quatre-cents vingt francs,
(en prime, le papier partout qui fout le camp)
de ces soirees interminables,
des spaghettis pour dix, des tâches de vin sur le canapé,
je passe des cendriers.

Tu te rappelles, la distribution de prospectus
à l'entrée du parking - promo sur les autoradios,
de ces gamins qui démarraient des BM' sans en avoir les clefs,
puis d'un signe de la main... Dégagez!

Qu'est ce qu'on est con à 20 ans,
c'est clair
mais quel plaisir on y prend,
tu te rappelles?
Toujours à contredire, nous deux contre la terre entière
Ce qui me rassure:
On est encore capable d'en faire autant

Aujourd'hui, maintenant...

C'est clair, on a aussi pris de grosses claques,
de celles qui foutent en l'air, qui marquent,
de celles qui font du mal aux confessions.
C'est sûr, on n'a pas été gâtés,
regarde ce qu'ils nous ont laissé :
De vieux reste d'idéologie qu'on a toutes vu se planter.
D'entrée on était vaccinés contre l'espoir naïf,
l'optimisme creux, les lendemains qui chantent, les jours heureux.
On n'a pas laché l'affaire pour autant,
il y a encore plusieurs sujets sur lesquels on est restés intransigeants
on rêvait de danger permanent,
de prise de risque perpétuel,
et quand vient la peur de la routine, des habitudes,
au quotidien la lassitude,
j'ai envie de te dire, regarde: on est vivants!
J'ai l'impression que ça suffit pour faire de nous des débutants
il y a tant de choses que nous n'avons pas vues
tant de choses que nous n'avons pas encore vécues
ensemble ou séparément
ensemble, aujourd'hui, maintenant

Expérience - Aujourd'hui, Maintenant
Aujourd'hui, Maintenant (Lithium, 2001)

samedi 9 janvier 2010

L'accablant contre-spectacle des choses en train de cesser d'être

La Route fait parti de ces livres que chaque lecteur est susceptible de recommander à ses amis, de telle sorte que ca devienne un "best-seller". Etant arrivé jusqu'à mes oreilles quasi-simultanément par 3 canaux différents, j'ai donc fini par le lire... deux bonnes années après sa publication, et alors même que le film sortait en salle.
(ce qui laisse imaginer à quel point je suis loin de l'actualité littéraire)



Le livre vaut pour la force de l'atmosphère qu'il décrit et installe, ainsi que pour les interrogations qu'il pose: A quelles règles se tenir, qu'est-ce qui devient acceptable, dans un monde dans lequel l'apocalypse a eu lieu, un monde sans loi où l'humanité est retournée à la barbarie?


Les jours se traînaient sans date ni calendrier. Le long de l'autoroute au loin, de longues files de voitures carbonisées en train de rouiller. Les jantes nues des routes enfoncées dans une boue grise solidifiée de caoutchouc fondu, dans des anneaux de fil métallique noirci. Perchés sur les ressorts nus des sièges, les cadavres incinérés et rapetissés de la taille d'un enfant. Dix mille rêves dans le sépulcre de leur coeurs passés au gril. Ils continuaient. Marchant sur le monde mort comme des rats tournants sur une roue. Les nuits d'une quiétude de mort plus mortellement noires. Si froides. Ils parlaient à peine. Il toussait sans cesse et le petit regardait cracher du sang. Marcher le dos voûté. Sale, en haillons, sans espoir. Il s'arrêtait et s'appuyait contre le caddie et le petit continuait puis s'arrêtait et se retournait et l'homme levait les yeux en pleurant et le voyait là debout sur la route qui le regardait du fond d'on ne sait quel inconcevable avenir, étincelant dans ce désert comme un tabernacle.

La route traversait un marécage desséché où des tuyaux de glace sortait tout droits de la boue gelée, pareils à des formations dans une grotte. Les restes d'un ancien feu au bord de la route. Au-delà une longue levée de ciment. Un marais d'eau morte. Des arbres morts émergeant de l'eau grise auxquels s'accrochait une mousse de tourbière grise et fossile. Les soyeuses retombées de cendre contre la bordure. Il s'appuyait au ciment rugueux du parapet. Peut-être que dans la destruction du monde il serait enfin possible de voir comment il était fait. Les océans, les montagnes. L'accablant contre-spectacle des choses en train de cesser d'être. L'absolue désolation, hydropique et froidement temporelle. Le silence.


La route, Cormac McCarthy (2007)
www.theroad-movie.com

A la lecture de tels passages, comment ne pas s'imaginer, par ces jours froids et brumeux, où la neige volette comme des cendres, et recouvre arbres, voitures et mobilier urbain, sur La Route?

vendredi 1 janvier 2010

Happy New Year

,

voici une chanson de Camera Obscura, que j'avais déjà utilisée il y a quelques saisons, dans une émission précédente (Plug&Play), afin d'entamer l'année. En voici les paroles.
Je ne suis pas vraiment à Paris au moment où ces lignes paraissent, mais je me joins tout de même à ce groupe écossais pour vous souhaiter une très belle année 2o1o!

Did the ironing in a cowboy hat
Felt as fresh as the paint in this new flat
I will never tell you what to do
Have ambition simply to see things through

Did you know I could be a lot of fun
I'm aware that friendship can die young
As the glow from the street light bled
Down the Langlands Road we set off the best of friends

I know where I stand
I don't need you to hold my hand

Well, I've tried to get along with you
I have asked myself “What are we gonna do?”
I'm coming round to take a stand
Going to put us together with glue or an elastic band

I know where I stand
I don't need you to hold my hand

I am softer than my face would suggest
At times like these I'm at my lowest ebb
Now I can confide in you
If I cry to set the mood oh please could you cry too

Happy New Year
You are my only vice
Happy New Year
What if we compromised?
Happy New Year
I am open

Do you have to wear a frown like that?
You could have hit me with a baseball bat

Do you want to? (Yes I do)
Do you have to? (So do you)
Do you want to? (So do you)

Camera Obscura, Happy New Year
Biggest Bluest Hi-Fi (Merge, 2002)
www.myspace.com/cameraobscuraband