lundi 5 août 2013

Le jour où je ne souffrirai plus


C'est curieux, je n'ai pas cessé de souffrir. Je ne me suis pas accroché à toi, mais à ma souffrance, essayant de la retenir. Te garder près de moi pour me garder. Le jour où je ne souffrirai plus, où je m'en "sortirai" comme tu dis, c'est que je serai devenu un autre. Et je n'ai pas envie de devenir un autre. Parce que ce jour-là, nous ne pourrons plus nous retrouver. Tu sais, je ne suis pas dupe. Il y a le temps qui passe, vous ne pourrez pas lutter très longtemps contre lui... Je suis venu aujourd'hui. Mais si tu ne sais pas ce que tu veux, il sera peut-être trop tard quand tu le sauras. Awww... j'en ai assez, je suis fatigué. Tu te souviens de ce film où Michel Simon disait : "Regardez la femme infidèle, regardez l'ami félon", avec cette grandiloquence un peu ridicule et risible que donne la plus grande douleur ou la mort ? Oh et puis merde ! j'en ai assez. Salut !


Jean Eustache, La maman et la putain (1973)

samedi 3 août 2013

Have you ever experienced absolute loss?

Have you ever experienced absolute loss?
It's more than grief. Its deep down inside. Every cell screams.
You can hear nothing else.


Voici comment je m’explique que la folie est souvent occasionnée par une souffrance véhémente de l’esprit, par des événements terribles et imprévus. En tant qu'événement réel, toute souffrance de cette espèce est toujours limitée au présent, elle n’est donc qu'éphémère et, dans cette mesure, elle n'est pas encore excessivement pesante: elle ne devient outrancièrement lourde que lorsqu'il s'agit d'une douleur durable; or, comme telle, la souffrance n'est qu'une pensée et réside donc dans la MEMOIRE : si un tel chagrin, un tel savoir ou souvenir douloureux, est atroce au point de devenir purement et simplement insupportable, au point que l’individu risque d'y passer, alors la nature ainsi angoissée recourt à la FOLIE comme à l'ultime moyen de sauver la vie: l’esprit tant tourmenté déchire alors en quelque sorte le fil de sa mémoire, comble les trous par des fictions et se réfugie ainsi dans la folie face à cette douleur qui dépasse ses forces, à l'instar d'un membre brûlant qu’on ampute pour le remplacer par un membre en bois — Qu’on prenne comme exemple Ajax enragé, le roi Lear et Ophélie, car les créatures du génie authentique, auxquelles seules on peut se référer ici comme étant universellement connues, égalent dans leur vérité les personnes réelles: l’expérience réelle montre d’ailleurs souvent tout à fait la môme chose. Un cas analogue, mais affaibli, de cette espèce de passage de la douleur à la folie nous est fourni par le fait que bien souvent, nous cherchons à chasser de manière quasi mécanique un souvenir pénible, qui revient subitement, par une remarque à voix haute ou par un mouvement, nous cherchons à en détourner notre propre attention, à nous en distraire de force. —

Twin Peaks (E11), David Lynch (1990)
Arthur Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et Représentation (1819)

De nouveau, un peu de Schopenhauer appliqué... le paragraphe qui précède pourra sembler ne pas porter en soi d'idée novatrice, et pour cause : la théorie de la folie qui y est développée est "conforme à ce qui est aujourd'hui admis" (dixit Wikipedia). On est cependant au début du XIXème siècle, qui plus est avant l'essor de la psychologie. Carl Jung (1875 - 1961 / collaborateur à ses débuts de Freud) parlera même à un moment donné de la psychologie comme une continuation de « l'héritage de Schopenhauer ».

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De manière annexe, Alain reprendra lui aussi plus tard l'idée selon laquelle la folie constitue un cas "grossi", amplifié, de nos comportements ou erreurs.