mercredi 5 septembre 2012

Just to remind myself that I briefly live


Misunderstood
and disillusioned,
I go on describing this place
and the way it feels to live and die.

The “natural world”
and whatever else it’s called
I drive in and out of town
seeing no edge, breathing sky

and it’s hard to describe
without seeming absurd.
I know there’s no other world:
Mountains and websites

Dark smoke fills the air
some from the fire in my house
some from me driving around

I could see the lights of town
through the trees on the ridge
on my way home in the dark.

I meant all my songs
not as a picture of the woods
but just to remind myself
that I briefly live.

The gleaming stone
the moon in the sky at noon
there is no other world
and there has never been.

I still walk living sleeping
life in the real world of clouds
clawing for meaning.

Still when I see branches in the wind
the tumultuous place where I live
calls out revealing.

"Can you see the river in the branches
and know that it means you will die
and that pieces are churning?"

"Can you find a wildness in your body
and walk through the store after work
holding it high?"

I've held aloft some delusions.
From now on I will be perfectly clear:
There's no part of the world more meaningful
and raw impermanence echoes in the sky.

There is either no end
or constant simultaneous end and beginning.

A pile of trash
the fog on the hill
standing in the parking lot squinting.

Mt. Eerie - Through The Trees pt. 2
Clear Moon (PW Elverum & Sun ; 2012)

Je ne sais plus si je vous ai dit que le meilleur album 2012 était paru ?
La bonne nouvelle, c'est même qu'il s'agit d'un album double : Clear Moon + Ocean Roar, par Mt Eerie (habitué de ces colonnes).

Sans doute à cause de sa distribution confidentielle, cette sortie n'aura eu qu'un mince retentissement ici-bas (les inrocks sont trop occupés avec Lou Doillon ou Two Door Cinema Club)... Heureusement qu'on peut compter sur Radio Campus Paris, ou même des publications mensuelles mainstream comme l'Etudiant pour en parler !
(je ne vous cache pas que tout est lié ^_^)

Je vous mets le morceau, du coup :



Afin de prolonger l'ambiance, je referme cet article par une capture d'écran de Twin Peaks, foggy à souhait... Si je m'autorise le lien, ça n'est pas seulement parce que je revisionne la série en ce moment... mais parce que Phil Elvrum y fit explicitement référence dans un précédent album.

lundi 3 septembre 2012

De la survie augmentée

Debord toujours... Je vais me garder d'introduire ou résumer le contenu de cet extrait, puisque je ne ferais que paraphraser un texte clair, dans lequel chaque phrase est nécessaire et exprime son idée. A lire et relire, pour ceux qui se sont déjà arrêtés pour se demander :
"Au fond, pourquoi, ou plutôt, d'où vient le fait que je travaille?"

Le développement des forces productives a été l’histoire réelle inconsciente qui a construit et modifié les conditions d’existence des groupes humains en tant que conditions de survie, et élargissement de ces conditions : la base économique de toutes leurs entreprises. Le secteur de la marchandise a été, à l’intérieur d’une économie naturelle, la constitution d’un surplus de la survie. La production des marchandises, qui implique l’échange de produits variés entre des producteurs indépendants, a pu rester longtemps artisanale, contenue dans une fonction économique marginale où sa vérité quantitative est encore masquée. Cependant, là où elle a rencontré les conditions sociales du grand commerce et de l’accumulation des capitaux, elle a saisi la domination totale de l’économie. L’économie tout entière est alors devenue ce que la marchandise s’était montrée être au cours de cette conquête : un processus de développement quantitatif. Ce déploiement incessant de la puissance économique sous la forme de la marchandise, qui a transfiguré le travail humain en travail-marchandise, en salariat, aboutit cumulativement à une abondance dans laquelle la question première de la survie est sans doute résolue, mais d’une manière telle qu’elle doit se retrouver toujours ; elle est chaque fois posée de nouveau à un degré supérieur. La croissance économique libère les sociétés de la pression naturelle qui exigeait leur lutte immédiate pour la survie, mais alors c’est de leur libérateur qu'elles ne sont pas libérées. L’indépendance de la marchandise s’est étendue à l’ensemble de l’économie sur laquelle elle règne. L’économie transforme le monde, mais le transforme seulement en monde de l’économie. La pseudo-nature dans laquelle le travail humain s’est aliéné exige de poursuivre à l’infini son service, et ce service, n’étant jugé et absous que par lui-même, en fait obtient la totalité des efforts et des projets socialement licites, comme ses serviteurs. L’abondance des marchandises, c’est-à-dire du rapport marchand, ne peut être plus que la survie augmentée.

Guy Debord, la Société du Spectacle (1967)