Je dépose les armes.
Je me croyais prêt à lire "A la recherche du temps perdu", mais j'abandonne, page 188 (sur les quelques 2400 que comptent mon édition "tout-en-un"), sans même avoir achevé "Du côté de chez Swann".
Proust a écrit:
Je me croyais prêt à lire "A la recherche du temps perdu", mais j'abandonne, page 188 (sur les quelques 2400 que comptent mon édition "tout-en-un"), sans même avoir achevé "Du côté de chez Swann".
Proust a écrit:
J’ai eu le malheur de commencer mon livre par le mot « je » et aussitôt on a cru que, au lieu de chercher à découvrir des lois générales, je m’analysais au sens individuel et détestable du mot.
Je dois avouer qu'en ces premières pages, l'universel ne m'est apparu qu'en de rares occasions...
Alors, comme trace de ce premier essai, je me contenterai de citer le passage suivant, qui précède d'ailleurs celui de la madeleine, que je publiais un jour d'avril 2008.
Je trouve très raisonnable la croyance celtique que les âmes de ceux que nous avons perdus sont captives dans quelque être inférieur, dans une bête, un végétal, une chose inanimée, perdues en effet pour nous jusqu’au jour, qui pour beaucoup ne vient jamais, où nous nous trouvons passer près de l’arbre, entrer en possession de l’objet qui est leur prison. Alors elles tressaillent, nous appellent, et sitôt que nous les avons reconnues l’enchantement est brisé. Délivrées par nous, elles ont vaincu la mort et reviennent vivre avec nous.
Il en est ainsi de notre passé. C'est peine perdue que nous cherchions à l'évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.
Il en est ainsi de notre passé. C'est peine perdue que nous cherchions à l'évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu
- Du côté de chez Swann (1913)
- Du côté de chez Swann (1913)
