Retour à "bien-être", et à la famille formée de Jack, Elizabeth et leur fils Toby. Elizabeth est chercheuse en psychologie. Elle investit beaucoup d'énergie pour être une bonne mère. Elle y travaille. Ardemment. Tant et si bien que chacune de ses interrogations et réflexions la renvoie à un ouvrage ou à un article de socio ou psychologie qu'elle a littéralement étudié. Je me souviens d'un chapitre dédié à sa relation avec son fils, à la bibliographie impressionnante (à laquelle se réfère le personnage).
Parfois, comme dans ce nouvel extrait, observer son fils la renvoie à sa propre enfance, ballotée d'écoles en écoles, et à son propre caractère.
Elle compatissait. Elle comprenait pourquoi Toby pouvait avoir envie d'être seul, loin des autres. Elle aussi elle avait voulu ça, quand elle avait son âge. Elle se souvenait encore d'un certain album qu'elle avait lu et relu quand elle était enfant, plus jeune que lui aujourd'hui : le livre s'appelait Sylvestre et le caillou magique, et il racontait l'histoire d'un garçon - en fait un âne, mais peu importe - qui trouvait un caillou magique capable d'exaucer les vœux. Et un jour, alors qu'il tient le caillou, Sylvestre croise un lion à l'air féroce et affamé et, terrifié à l'idée d'être dévoré, il hurle « Je souhaite être un rocher. » Et il se transforme en rocher. Un gros rocher gris-rose. Après quoi une grande tristesse l'envahit parce que même s'il n'a plus rien à craindre du lion, il ne peut plus ramasser le caillou et faire le vœu de redevenir lui-même (parce que : pas de bras), alors il reste comme ça, en rocher. Pendant des jours et des jours, les gens le cherchent et lui, muet, les regarde passer devant lui. Pour finir, bien sûr, il redevient Sylvestre et tout est bien qui finit bien, mais Elizabeth s'arrêtait le plus souvent au passage où tout le monde cherchait Sylvestre sans le trouver. Honnêtement, c'était sa partie préférée : être un rocher, invisible, ignoré. La façon dont le lion regardait le rocher d'un air impuissant avant de s'éloigner - c'était en gros ce qu'Elizabeth voulait par-dessus tout chaque fois qu'elle était « la nouvelle ». Être tranquille. Ou au moins afficher le même stoïcisme, la même indifférence et le même air détaché que ce rocher quand l'attention qu'on lui portait devenait trop étouffante. Apparaître tellement dure, grise et sans expression que rien ni personne ne puisse l'atteindre.
Bien-être, Nathan Hill (2024)
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