samedi 30 octobre 2010

Il ne faut pas confondre

...Apparat (de Berlin, patron du label shitkatapult, et ayant fréquemment collaboré avec Ellen Alien),
Agoria, Arandel...



et Aufgang (cf. ci-dessous).

Ces trois derniers sont sur le label français In Fine (mené par Agoria). J'avais déjà publié sur ce blog la pochette de l'album d'Aufgang, dans la rubrique Cover of the Week.
Je complète ici la série:




jeudi 28 octobre 2010

liberté perdue (2)



Dans la nature, les animaux n'ont pas le temps de s'ennuyer. Ne pas mourir, se défendre, se cacher, se protéger et se nourrir exige une grande vigilance, de la promptitude, de la ruse, un sens de la prévision, toutes sortes de qualités que les animaux doivent déployer dès leur plus jeune âge et qui occupent entièrement leurs journées. Mais en captivité, l'éventail des activités possibles se réduit de manière drastique. Un ours qui passe habituellement huit heures par jour à chercher sa nourriture mettra dix minutes à finir sa gamelle. Le reste du temps, il n'a rien à faire, sa cage est ronde alors il tourne en rond, il prend des gestes stéréotypés, il s'ennuie, si on ne veut pas qu'il dépérisse, il faut lui trouver quelque chose à faire.

[...] Le jeudi après-midi, plus encore que les autres jours, vous vous ennuyez. L'ennui est pire que tout, pire que la mort.

Dans la nature, le bien-être coïncide avec un éphémère moment de satisfaction qui pourrait ressembler, si on cherchait à trouver des équivalents humains pour le qualifier, à la réalisation provisoire d'un objectif, conserver sa propre vie. Mais dans un zoo, les objectifs manquent. Tout captif doit, pour survivre à l'absurdité de son existence, s'inventer des objectifs précis et dépenser toute son énergie à leur réalisation. Il est important, dans cette perspective, qu'il se fixe des buts extrêmements difficiles mais pas impossibles à atteindre. La conservation du captif dans un état physique et moral satisfaisant est fonction de sa capacité à se projeter dans l'avenir.

Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)

Olivia Rosenthal sera dans l'invitée de Livres et Vous, l'émission littéraire de Radio Campus Paris, Samedi, à 19h
(comme quoi, le monde est bien fait)

mercredi 27 octobre 2010

liberté perdue (1)

J'en viens donc à ce fameux roman, "Que font les rennes après Noël?" que je cite de manière annexe depuis quelques temps.
J'ai acheté le livre lors de mes dernières vacances, c'était la première fois qu'une critique littéraire (lue dans Le Canard Enchaîné) me donnait suffisamment envie pour passer à l'acte, qui plus est, au prix fort (càd pas au format poche).

Le thème de ce roman est la nécessaire émancipation que chacun doit réaliser pour se construire et s'affranchir du modèle façonné par son éducation. L'auteure établit d'incessants parallèles entre cette trajectoire et la situation d'animaux élevés par l'Homme (que la finalité soit scientifique, alimentaire, ou touristique).

L'histoire commence jeune:

Durant les toutes premières années de votre existence, malgré votre docilité et la parfaite régularité de votre crâne, vous avez tendance à mettre votre vie en danger en secouant violemment votre berceau ou en hurlant avec véhémence. De cette période, où vous vous manifestez avec une liberté qui s'est perdue par la suite, vous ne gardez aucun souvenir.

[...]

Vous avez besoin de vos parents, vous pouvez mourir en dormant, en avalant de travers, en mettant les doigts dans les prises, en renversant une bassine d'eau chaude, en manipulant des objets contondants, en basculant par une fenêtre ouverte, en tombant dans une piscine, vous êtes en péril, on doit jour et nuit veiller sur vous, les accidents sont si vite arrivés, vous êtes sous la surveillance attentive de vos parents.

[...]

Enfant, vous ne vous demandez pas quel métier vous ferez, quelle vie vous mènerez, dans quel lieu vous habiterez, quels amis vous aurez, à quel âge vous mourrez, quels amoureux vous éconduirez, votre mère vous tient lieu de vie, de métier, d'ami, d'amoureux, et de tout le reste.

[...]

Dans les premières années de votre vie, vous pensez que vous êtes la propriété de votre mère. Parfois, vous le regrettez.

Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)

lundi 25 octobre 2010

This is no dream! This is really happening!



Vous avez longtemps cru que votre mère avait vu Rosemary's Baby, le film de Roman Polanski, alors même qu'elle était enceinte de vous. Quand, des années plus tard, vous avez vu le film, vous avez imaginé les angoisses terribles qu'elle avait dû éprouver [...]

Après le zoo du Bois de Vincennes le weekend dernier, ce sera la deuxième fois qu'Olivia Rosenthal et son roman "Que font les rennes après Noël?" collent à ce qu'il m'est donné de voir. Car en effet, Rosemary's Baby de Polanski est ressorti en copie restaurée.



Et en effet (bis), ça me paraît être à voir soit longtemps avant, soit longtemps après avoir été enceinte. Je ne sais pas ce qu'en aura pensé Léa Drucker (qui était à la même séance que moi), je n'ai pas eu le temps de lui en parler.

Le plus étonnant pour ce dimanche aura tout de même été que j'aurai finalement réussi à faire tout ce que j'avais prévu, alors que sur le papier ça semblait compromis.
Préparer / Enregistrer Top Tape, préparer la nouvelle playlist de Radio Campus Paris, écrire mes chroniques pour le numéro de l'Etudiant de décembre (Apparat + Iris&Arm), recevoir les londoniens de Tunng en session et interview, et aller à leur concert le soir même à La Machine.



La session était très chouette!
Le concert un peu moins


Roman Polanski, Rosemary's Baby (1968)
Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)
Tunng, And then we saw land (Full Time Hobby, 2010)

samedi 23 octobre 2010

Louder Than Bombs / Smiths' Cover Arts part.7

Il me restait un dernier article pour parachever ma saga Smiths en cover. Cette fois, il ne sera question ni d'albums, ni de singles, mais des quelques compilations consacrées au groupe.



J'ai déjà évoqué dans la cinquième partie la compilation "The World won't Listen" (1987). La même année, à l'export, sortira "Louder Than Bombs", avec, en couverture, à nouveau Shelagh Delaney (déjà présente sur le single Girlfriend in a Coma).


En 1988, après le split du groupe, fut publié le live Rank (c'était une obligation contractuelle), enregistré en 1986 au National Ballroom de Londres. On y voit le visage de l'actrice britannique Alexandra Bastedo: Elle est notamment connue pour son rôle d'espionne dans la série the Champions (1968-1969), produite par la même société que Le Prisonnier, Le Saint, ou Man in a Suitcase (cf. le single "Panic").



Je conclue avec un best of à proprement parler, paru en deux volumes, avec les fameux bikers photographiés par Dennis Hopper dont je me faisais dèjà l'écho ici. Chacun des volumes était illustré avec l'une des moitiés de la photo, que je vous présente ici dans son format original :



La version américaine de ce best of quant à elle utilise à nouveau des plans de "A l'Est d'Eden", dans lesquels figure Richard Davalos (cf. Strangeways here we come)




Ici se termine cette série d'articles. En 1988, la carrière solo de Morrissey est déjà entamée. C'est d'ailleurs l'année de sortie de son premier album, Viva Hate. Bien que Morrissey ait été le moteur principal de l'identité visuelle des Smiths, ses albums à lui rompront avec cette esthétique, en ne montrant le plus souvent que sa pomme. Quelques singles des smiths ainsi qu'un very best of sortiront encore par la suite, mais pour d'uniques raisons mercantiles. Je ne les aborderai pas ici.

Mes sources auront été diverses... Wikipedia (version anglaise) m'aura quand même bien aidé. Enfin, il me faut citer une ressource précieuse, contenant l'ensemble des visuels des Smiths en HD:
www.vulgarpicture.com

Pour vous reporter à ces articles dans le futur, le tag "Smiths" vous aidera, bien sûr, mais le plus simple sera encore de passer par la page "Sagas" que je viens de créer
(dans les onglets, en haut)

L'été 2011 est très (très) loin, néanmoins vos suggestions de thématiques sont les bienvenues!

jeudi 21 octobre 2010

Le bonheur me tracasse



Meme si je suis amoureuse
Le bonheur me tracasse
C'est une coquille creuse
Il faut bien que je m'y fasse
Pourquoi je fais mes lacets
C'est comme ça dès le matin
J'ai déjà 30 ans passés
Je sais tu n'y es pour rien
Les mêmes gestes précis
Mécaniques et usés
Comme une fleur flétrie
Dans un fusil rouillé
Et je pleure dans tes bras
Aurons nous des enfants?
Oh surtout ne me dis pas
Que tu as donné avant

Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
On cause, portes closes
On prie dans le bruit

Pour toi j'avais chassé
Ce drôle de goût dans la bouche
t'avais le coeur arraché
Comme on se quitte on se couche
Aujourd'hui je me demande
Combien de nuits il nous reste
Et bien que tu t'en défendes
Trop souvent tu nous détestes

Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
On cause, portes closes
On prie dans le bruit

Oh c'est idiot pour une fois
Dis-moi que je suis belle
Mais où est passée ta voix
Où est le bout du tunnel
Oh tu n'aurais pas le cran
de repartir à zéro
Tu ferais mieux maintenant
De nous tenir au chaud

Blottis, réunis
Dans une vie
En dents-de-scie
Plus grand chose
Dans l'eau de rose
On cause, portes closes
On prie dans le bruit
Dans une vie
En dents-de-scie

Florent Marchet - L'eau de rose
Courchevel (PIAS, 2010)
www.myspace.com/florentmarchetmusic

mardi 19 octobre 2010

Foreign Landscapes

Le nouveau groupe que j'ai envie d'aimer (et qui en plus répond à mes espérances, ce qui n'aura par exemple pas été le cas de Gayngs cet été), c'est Sun Airway, sur le label ami Dead Oceans (Evangelicals, BowerBirds...).
Un nom difficile à retenir (car passe-partout), un chant un peu linéaire, une production pas forcément marquée, donc je ne m'explique pas pourquoi cette musique m'attire.

Tout comme ce clip...
Quoique l'interprétation que je lui prête, depuis que j'y ai repensé tout à l'heure dans le Strasbourg-Paris me plaît assez.




Sun Airway - Nocturne of Exploded Crystal Chandelier
(Dead Oceans, 2010)
www.myspace.com/sunairway

Sun Airway ainsi que d'autres groupes tous plus intéressants les uns que les autres seront dans ma prochaine émission, Dimanche, à 19h.

En attendant, vous pouvez écouter le premier volume de Top Tape Saison 3, sur le (nouveau) site de Radio Campus Paris, ici:
http://www.radiocampusparis.org/toptape

Volume assez calme, avec pas mal d'instrumentaux (Max Richter, Hauschka, Sam Prekop) et des chansons folk (Lost in the Trees, Sufjan Stevens). En prime, le nouvel album de David Karsten Daniels est à gagner!

lundi 18 octobre 2010

Quelque part à Paris

(Oui, car le Bois de Vincennes appartient à Paris)



En 2008, la ménagerie de Vincennes a fermé ses portes. Les installations vétustes devaient absolumment être rénovées. On avait déjà refait le faux Rocher aux singes, vaste et haute structure en béton et ciment entièrement évidée qui domine le zoo et en constitue en quelque sorte l'identité touristique, mais il y avait le reste.

Ce passage est extrait d'un livre dont je vous parlerai tantôt et qui a un tout autre sujet que celui-ci. Mais pour le coup, Samedi, j'étais pile à l'endroit évoqué ci-dessus, comme le montre cette photo prise avec mon téléphone... (qui a l'air plus doué pour restituer le Vert que mon appareil photo. La lumière était particulièrement belle, en même temps).

Vert encore, comme la couleur dominante à l'extérieur du Musée de la Vie Romantique.



Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël? (2010)

vendredi 15 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.10)

10 ans , 50 albums, la fin.
Le choix de ces cinq derniers albums se sera constitué tout au long de la rédaction des précédents articles. Sur le papier, j'étais en effet parti sur une base de 45 albums, sachant très bien que je me rendrais compte d'oubli au fur et à mesure.



Dans la cinquième partie, je réalisais que Smog était peut-être sous-représenté. C'est désormais chose réparée, avec l'album Wild Love (feat. Bathysphere, repris plus tard par Cat Power dans Nude as the News). Dans la huitième partie, regroupant des albums indie rock US, j'annonçais avoir laissé de côté quelques groupes. Plutôt que Weezer, je place ici l'album des Rentals (par leur bassiste Mart Sharp). Sebadoh aurait pu être là, mais j'ai malgré tout décidé de privilégier le premier (~) album de Grandaddy (sachant que Sophtware Slump était arrivé 10ème de mon classement des années 2000). Dans une veine indie folk-rock, je retiens en sus Neutral Milk Hotel, groupe fondamental pour beaucoup des artistes que j'apprécie (Okkervil River en tête). Je pensais ne pas connaître ce disque si bien que ça, alors qu'à la réécoute, finalement, toutes les chansons m'étaient familières. Un album à fort potentiel. Enfin, hip hop again, et plus exactement hip hop déviant, avec l'écurie Anticon que j'aurais suivi par la suite durant de longues années. C'est un disque en forme de manifeste, au titre un poil prétentieux (Music for the advancement of hip-hop), mais il faut bien reconnaître que ce label avait son originalité, présentant un hip hop introspectif et dénué d'ego trip, des prod novatrices, le tout fait par des emcees et DJs ayant écouté (aussi) de la pop et du folk. Ils connaissent Silver jews, Daniel johnston ou Tom Waits, tout autant que DJ Shadow, collaborent avec hood et notwist, etc... Cette compile rassemble des gens comme Sole, Dose One, Slug, Sixtoo, Buck65, Alias, Pedestrian, Atmosphere, DJ Signify: le kif, quoi.

Neutral Milk Hotel - In the Aeroplane Over the Sea
(Merge, 1998)

Smog - Wild Love (Drag city, 1995)
Grandaddy - Under the western freeway (V2, 1997)
Rentals - return of the Rentals (Warner, 1996)
Anticon presents: Music for the advancement of Hip Hop
(Anticon, 1999)

C'était donc le dernier des articles de ce feuilleton quotidien que vous avez été nombreux à suivre. Un épilogue suivra, un peu plus tard, histoire de faire une synthèse de tout ça.
N'hésitez pas à faire part à cette occasion (ou dès maintenant, ici) des albums que vous ajouteriez bien!

jeudi 14 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.9)

10 ans, 50 albums la suite et la quasi fin.
A partir de maintenant, la cohérence des groupements d'albums n'est plus assurée.



Le trip hop m'ennuie il y a pourtant un moment ou je trouvais ca wouah trop bien mais là ça fait des années que je n'y suis pas revenu d'ailleurs dans mon précédent classement CD ce genre était mis à l'écart avant que je ne le ré-intègre près des musiques électroniques tiens quand même avant d'écrire ça il faudrait que je récoute Alpha mais pas Massive Attack ça non Monk&Canatella c'était chouette après est ce que c'était vraiment du trip hop de toute facon sa place n'est pas dans cette sélection note pour plus tard ré-écouter Hoover ca peut être marrant en souvenir de ce concert du 19 mars 1997 enfin de toute façon le choix est clair Oups, excusez moi, j'étais perdu dans mes pensées. Le trip hop m'ennuie disais-je, mais quand même, faut pas déconner, le premier album de Portishead est mortel. Dans un autre style, évidemment, l'album de My Bloody Valentine l'est tout autant. Cinq secondes de leur son auront suffit à me séduire, à l'époque. Je pense que ces choix feront l'unanimité. Le suivant peut-être pas. D'ailleurs il est contradictoire. Car de Mercury Rev, je n'aime que cet album. Les suivants me paraissent indigestes, les premiers pas forcément appétissants. A ma gauche, "Deserter's song", donc. A ma droite, "the Soft Bulletin" des Flaming Lips, groupe que j'aime beaucoup, pour leur démarche, pour la personnalité de Wayne Coyne, pour leur discographie jusqu'encore leur génial dernier album (Embryonic). J'étais sur-fan de Soft Bulletin, mais je trouve qu'il a mal vieilli, et j'ai pas du tout envie d'y revenir. Alors que Deserter's Song n'a pas pris une ride, et je l'écoute avec toujours autant de plaisir (sauf la #6, ok). Exit Flaming Lips, donc, pour ma sélection (car entre nous, tout n'est pas super non plus, dans Yoshimi). Puisque j'en suis à tutoyer le psychédélisme, je passe directement à Olivia Tremor Control. Black Foliage, cet album est fou, hors format, mélodique et expérimental, des fois, ça pourrait être du beatles++ (tollé dans mon lectorat). Le dernier album pour aujourd'hui, ce sera Pinback, ce groupe qui sait si bien manier les entrelacs de guitares et de voix.

Mercury Rev - Deserter's Song (V2, 1998)
Portishead - Dummy (Go! Discs, 1994)
My Bloody Valentine - Loveless (Creation, 1991)
Pinback - this is a Pinback CD (Cutty Shark, 1999)
Olivia Tremor Control - Black Foliage (Flydaddy, 1999)

Suite et fin de ce classement par épisodes, demain!
Vous pourrez alors me dire tout ce que j'ai oublié (selon vous).

mercredi 13 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.8)



Ca manquait jusqu'à présent, une bonne vieille cuvée d'indie rock US. A vrai dire, le plus dur ici aura été de sélectionner un albums parmi la discographie de certains de ces groupes. Je pense à Pavement (mais la présence de Gold Soundz dans Crooked Rain Crooked Rain l'a emporté), Built To Spill, ou encore Sonic Youth. D'ailleurs pour ce dernier, le choix n'est pas encore tout à fait arrêté. A nouveau, c'est un morceau qui m'a aidé à choisir: Tunic (Song for Karen). Enfin, il y a cet album de Yo La Tengo (dont je m'aperçois que je n'avais jamais vraiment regardé la pochette), tout à fait délectable. Je mets pour l'instant de côté Weezer, Sebadoh, Guided by Voices et Modest Mouse pour citer ici un groupe un peu moins taillé pour les college radios, à savoir Jonathan Fire Eater! Que ne les ai-je vus sur scène... Disons que je me serai consolé dans les années 2000 avec les Walkmen.

Pavement - Crooked Rain, Crooked Rain (Matador, 1994)
Jonathan Fire Eater - Wolf songs for Lambs (Dreamworks, 1997)
Built to Spill - Perfect from now on (Warner, 1997)
Sonic Youth - Goo (Geffen, 1990)
Yo la Tengo - I can hear the heart beating as one (Matador, 1997)

(à suivre... Mine de rien, on s'approche de la fin!)

mardi 12 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.7)



Ils occuperont évidemment une place de choix dans le classement final (comme pour les 00's), ce sont les anglais de Hood. Tout a commencé par "Cycles of Days and Seasons", après quoi, je me suis attaché à découvrir tout le passé du groupe, dont "Rustic Houses, Forlorn Valleys" paru un an plus tôt. Le premier album sus cité, était produit par un certain Matt Elliott, l'homme qui se cache derrière le projet Third Eye Foundation et dont je suis aujourd'hui encore chacune des sorties (nouvel album à paraître courant Novembre!). J'en arrive aux Allemands de Notwist, groupe que je vénère, depuis que j'ai écouté cet album, leur meilleur: "Shrink". La cohérence de ce bloc s'arrête là, puisque le prochain disque est hip-hop, il s'agit de Dr. Octagon, que je retiens comme illustration du mouvement abstract qui se développera dans les années qui suivront. On y entend le flow de Kool Keith, les scratches de DJ Qbert, ainsi que, pour la première fois, la production de Dan the Automator. Si j'ajoute à celà une ambiance série Z, il devient clair que cet album contient les prémices de ce que les années 2000 (m')offriront de mieux (Deltron, MF Doom...). Allez, pour dire que je ne les pas oubliés, big up à DJ Shadow et aux Beastie Boys.

Hood - The Cycle of Days and Seasons (Domino, 1999)
Third Eye Foundation - Ghost (Domino, 1997)
Hood - Rustic Houses, Forlorn Valleys (Domino, 1998)
Dr. Octagon - Dr. Octagonecologyst (Bulk, 1996)
the Notwist - Shrink (City Slang, 1998)

(à suivre demain, si et seulement si je dispose d'une connection internet dans mon hotel à Maline / Belgique)

lundi 11 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.6)

Après la trève liée au Weekend, suite de ma série consacrée aux 50 meilleurs albums des 90s (selon et pour moi)



J'ai toujours eu un faible pour la musique instrumentale. Peut-être est-ce d'avoir écouté tant de musique classique étant enfant. De ce fait, je confesse avoir eu une période Jean-Michel Jarre (j'était en sixième, il y a prescription). Quoiqu'il en soit, j'ai été immédiatement réceptif aux disques estampillés "post-rock". Je dois au supplément Inrocks "Après le Rock", paru en 1998, de m'avoir initié à la discipline, et permis d'en entamer la cartographie complexe. Subsistent dans cette sélection rigoureuse et pour les Etats-Unis deux albums de Labradford, et TNT de Tortoise. Ouais ok, j'ai hésité avec "Millions now living...". Il va sans dire que dans le cadre d'un top album objectif, j'aurais placé ici l'album de Slint. Mais ça n'est pas l'exercice auquel je me livre. Un peu plus au Nord, à savoir au Canada, Godspeed You Black Emperor sortait déjà en 1998 un premier album (que j'ai écouté a posteriori, à la suite de "Lift you skinny fists"). Enfin en Angleterre, il y a ce superbe album de Talk Talk (auquel je suis venu via l'album solo de Mark Hollis). J'en profite pour rappeler que c'est au sujet d'un groupe anglais, d'ailleurs très proche de Talk Talk musicalement, que le terme "post rock" a été employé pour la première fois par un critique. Le groupe, c'était Bark Psychosis.

Labradford - Mi Media Naranja (Kranky, 1997)
Talk Talk - Laughing Stock (Polydor, 1991)
Labradford - A stable reference (Kranky, 1995)
godspeed you! black emperor - F#A#∞ (Kranky, 1998)
Tortoise - TNT (Thrill Jockey, 1998)

(à suivre)

dimanche 10 octobre 2010

the key joke of my adult life

J'ai enfin pu voir Annie Hall.
Voici les premières phrases du film, prononcées par Alvy Singer (Woody Allen), s'adressant à la caméra.


Alvy Singer
: There's an old joke - um... two elderly women are at a Catskill mountain resort, and one of 'em says, "Boy, the food at this place is really terrible." The other one says, "Yeah, I know; and such small portions." Well, that's essentially how I feel about life - full of loneliness, and misery, and suffering, and unhappiness, and it's all over much too quickly. The... the other important joke, for me, is one that's usually attributed to Groucho Marx; but, I think it appears originally in Freud's "Wit and Its Relation to the Unconscious," and it goes like this - I'm paraphrasing - um, "I would never want to belong to any club that would have someone like me for a member." That's the key joke of my adult life, in terms of my relationships with women.



Annie Hall, Woody Allen (1977)

il va arriver quelque chose, forcément

Deuxième extrait que je reproduis ici du roman de Boulgakov. Si l'on y croise tout un tas de personnage fantastiques, certaines scènes demeurent tout de même réaliste et universelle. Le passage suivant fait intervenir Marguerite, qui n'apparaît que dans la deuxième moitié du livre.

En s'éveillant, Marguerite ne pleura pas, contrairement à ce qui arrivait souvent, car elle eut aussitôt le pressentiment qu'aujourd'hui, enfin, il se passerait quelque chose. Elle s'empressa de réchauffer et de cultiver ce pressentiment dans le fond de son coeur, de peur qu'il ne s'en aille.
- Oui, j'y crois! murmura solennellement Marguerite. J'y crois! Il se passera quelque chose! Ce n'est pas possible autrement, car, en fin de compte, pourquoi serais-je condamnée à souffrir toute ma vie? Je l'avoue, oui, j'ai menti, j'ai trompé, j'ai vécu une vie secrète, cachée aux regards des gens, mais tout de même, cela ne mérite pas un châtiment aussi cruel... Il va arriver quelque chose, forcément, parce que rien, jamais, ne dure éternellement. En outre, j'ai fait un rêve prophétique, cela, j'en jurerais...

Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov (1940)

J'aime assez cette description d'un sentiment intense ou d'un fort enthousiasme qui peut subsiter au réveil après un rêve, et qu'on essaye de retenir avant qu'il ne s'échappe.

vendredi 8 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.5)

(suite)



J'annonçais lors du dernier article qu'il serait à nouveau question du label Drag City... avec d'autres albums totalement incontournables, celui de Chan (je peux l'appeler Chan, elle m'a touché le genou), aka Cat Power, et puis le superbe "the Doctor Came at Dawn" de Smog, qui figurera vraisemblablement dans les premières positions de mon classement final. Tandis que j'écris ces lignes, je prends conscience que Bill Callahan est sous-représenté dans ce top et celui des 00's, peut-être devrais-je ajouter "Wild Love" ou "I wish I were an eagle". A voir... S'il est un groupe qui est traité avec juste mesure sur Arise Therefore, c'est bien Silver Jews. Deux albums, oui, deux, l'un feat. Stephen Malkmus, l'autre sans. Pour clore cet article, j'ajoute ici Sixteen Horsepower et leur dark country folk marquante.

Silver Jews - Natural Bridge (Drag City, 1996)
Cat Power - What would the community think (Matador, 1996)
Smog - the doctor came at dawn (Drag City, 1996)
Silver Jews - American Water (Drag City, 1998)
Sixteen Horsepower - Sackcloth'n'Ashes (A&M, 1996)

(à suivre)

jeudi 7 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.4)



Le nom de ce blog et l'image choisie pour illustrer mon profil étant ce qu'ils sont, il était certain que Will Oldham occuperait une place de choix dans ce classement des meilleurs albums des années 1990. Trois occurences, ici, le premier album de Palace (Brothers), le troisième (Palace Music), et enfin l'immense I see a Darkness, sous l'appelation Bonnie 'prince' Billy. Tout ce qu'a enregistré Will Oldham durant cette décennie est de toute façon remarquable (les autres Palace, la compilation Lost Blues 1, ou encore l'album Joya). Dans une veine similaire vient Songs: Ohia. Si les voix de Will Oldham et Jason Molina me semblaient à l'époque assez proches, il me paraît aujourd'hui rigoureusement impossible de les confondre. C'est donc qu'elles sont devenues familières. Pour l'anecdote, elles ont d'ailleurs collaboré (avec en plus Alasdair Roberts) sur un mini-album (amalgamated sons of rest) au final un poil décevant. Tout se recoupe, puisque Alasdair Robert sera crédité dans l'album suivant de Songs: Ohia, ainsi que - plus étonnant - les écossais d'Arab Strap. Ca, j'ai jamais su le pourquoi du comment. Tout comme d'ailleurs au sujet du lien éventuel entre Will Oldham et l'écosse (via le nom "bonnie prince charlie", prince de la lignée des Stuart). Bref... Concernant Arab Strap, il me faut cette fois saluer Bernard Lenoir, grâce à qui j'ai pu entendre à la radio une de leurs chansons... en 15 secondes, j'ai su que c'était taillé pour moi, et que j'adorerais. Cet album et ceux qui suivirent ne m'ont pas démenti.

Bonnie 'prince' Billy - I see a Darkness (Drag City, 1999)
Palace Music - There's no one what will take care of you
(Drag City, 1993)
Palace Brothers - Viva Last Blues (Drag City, 1995)
Arab Strap - Philophobia (Chemikal Underground, 1998)
Songs: Ohia - Axxess & Ace (Secretly Canadian, 1999)

(à suivre demain, avec encore quelques autres sorties Drag City...
Meilleur label des 90s?)

mardi 5 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.3)

10 ans, 50 albums, en français dans le texte pour cette fois...



En tant que lecteurs assidus de ce blog, vous avez peut-être noté à quel point les artistes de feu le label Lithium étaient présents dansces colonnes. Il y a bien sûr Dominique A, avec Remué, son album le plus sombre, celui que je préfère de loin à tous les autres. Le chanteur a l'air de s'en souvenir comme étant un bide retentissant en termes de ventes, et me disait lors d'une interview qu'il ne reviendrait pas à un tel son et à de telles ambiances, à moins de refaire "une bonne dep' " (l'expression m'avait marquée). Partant de là, rien d'étonnant à ce que je place dans ma sélection les premiers albums de Mendelson (tous les trois mois, je me fais l'intégrale Mendelson...) et Bertrand Betsch. Tous deux ont des paroles tellement justes. L'un des autres albums emblématiques du label est ce fameux #3 de Diabologum, avec lequel j'ai fait connaissance en écoutant "La Maman et la Putain" (grâce à Mélanie Bauer, à nouveau). Enfin, l'ami Murat, pour son timbre et son phrasé, ici avec l'album Mustango, enregistré avec la participation de Calexico.

Diabologum - #3 (Lithium, 1996)
Dominique A - Remué (Lithium, 1999)
Jean-Louis Murat - Mustango (Labels, 1999)
Mendelson - L'avenir est devant (Lithium, 1997)
Bertrand Betsch - La soupe à la grimace (Lithium, 1997)

(à suivre)

lundi 4 octobre 2010

10 ans, 50 albums (Part.2)

10 ans, 50 albums, ça continue...



Pulp, évidemment. Ne serait-ce que pour "Common People" qui pourrait bien être la chanson de la décennie pour moi. Et puis toutes les autres. Tiens, je me souviens avoir étudié au lycée en cours d'Anglais "Sorted out for E's and Whizz". L'initiative n'était pas venue de la prof, mais de son assistante... Marrant. De Jarvis Cocker, on glisse sans problème vers Justine Frischmann d'Elastica. Point de jalousie, puisque j'étais plutôt porté sur Donna Matthews, et sa frimousse blonde telle qu'on la voit sur la pochette. Cet album, c'est le deuxième CD que je me suis acheté, le premier étant Definitely Maybe d'Oasis (après avoir entendu le single "supersonic"). Pour Elastica, la chanson qui aura tout déclenché, c'est "Waking Up", entendue sur Oüi FM dans Ketchup & Marmelade (big up à Mélanie Bauer), enregistrée sur une K7 depuis la radio, puis écoutée des dizaines et des dizaines de fois. De là, mon goût me portera vers les groupes anglais de meufs, je pense à Salad (aah, Marijne), Echobelly, Sleeper et... Lush. Rétrospectivement, en croisant mes souvenirs de Sleeper et de Miki Berenyi, je pense que les cheveux rouges devaient être à la mode, à l'époque. La présence de ce groupe dans ce classement pourra vous paraître usurpée (quand ni Blur ni Oasis n'y figurent), mais moi, j'adore ce disque, et surtout Ladykillers (là encore, je remercie Ketchup&Marmelade). Une chanson tellement catchy, qu'au lendemain de sa première écoute, je l'avais dans la tête pendant l'intégralité du bac blanc de philo que je passais ce matin là. Lush, c'est trop bien, d'autant que, ce que j'ignorais à l'époque, le groupe n'est pas né avec la britpop, mais a enregistré des albums shoegaze tout aussi bons sur 4AD auparavant. Tant que je suis en Grande Bretagne, j'en profite pour citer l'album rouge des écossais de Belle & Sebastian (auquel on aura bien du mal à trouver le moindre défaut)... et je conclus par Hefner, si jamais vous n'avez jamais écouté ce groupe, foncez. (que ce soit cet album ou le suivant)

Pulp - Different Class (Island, 1995)
Belle & Sebastian - if you're feeling sinister (Jeepster, 1996)
Hefner - Breaking God's Heart (Too pure, 1998)
Elastica - s/t (Geffen 1995)
Lush - Lovelife (4AD, 1995)

(à suivre)

dimanche 3 octobre 2010

Too many days without thinking


Il y a une phrase que j'aime bien dans "Règlement de compte" (the Big Heat) de Fritz Lang. Elle est prononcée par Debby Marsh, jeune femme légère. Je ne parierais pas sur l'exactitude de chacun des mots que je vous rapporte, mais en tout cas le sens y est :

"il est difficile de devoir rester assise à réfléchir quand vous avez passé votre vie à ne pas penser"

the Big Heat, Fritz Lang (1953)




(cette dernière affiche date de 2009)

10 ans, 50 albums (Part.1)

Si le formalisme de l'exercice agace périodiquement certains bloggeurs, la constitution d'un top album présente au moins l'avantage de fixer les choses.

Annuel, il constitue une photographie de ce que l'on a pu écouter / apprécier.
Décénal, il nécessite une mise en perspective, puisque si l'exercice a une prétention, en tout cas chez moi, c'est de réunir une sélection stable dans le temps. Dans tous les cas, il renseigne sur son auteur.

La série d'articles que j'inaugure ici concernera donc les années 90. Elle sera composée de neuf volets, chacun mentionnant cinq albums. J'arriverai ainsi à un total de 45 albums, qui pourra d'ailleurs atteindre la 50aine, en cas d'oublis intolérables.

La sélection que j'entame est purement subjective, et n'illustre que mes goûts propres. Vous n'avez de toute façon pas besoin d'Arise Therefore pour écouter Radiohead, PJ Harvey, Nirvana ou Björk.

La démarche est donc la même que pour mon Top des années 2000, qui démarrait
ici, souvenez-vous. De manière analogue, l'ordre d'énoncé ne préjuge en rien du classement final (qui n'existe d'ailleurs pas au moment où j'écris ces lignes)

Je commence !

Si je dois à Epitonic de m'avoir ouvert de nouveaux horizons à l'aube des années 2000 (j'en profite pour glisser que le site s'apprête à renaître de ses cendres, grâce aux fonds levés via Kickstarter), il faut bien reconnaître que le média le plus représentatif des 90s aura été pour moi LesInrockuptibles... Non pas que j'en aie été un lecteur régulier, mais qu'avant l'heure de la musique numérique, leurs compilations et/ou suppléments furent un bon moyen de découvrir de nouvelles choses.

Quand je dis "compilations", je pourrai citer "une rentrée 1997", ou le coffret "10 ans, 100 chansons", par exemple.
Quand je dis "suppléments", je pense à
"Après le rock" (1998), et"10 ans, 100 albums" (1996), tous deux lus et archi relus.




Cinq groupes, ou artistes très typée "pop Inrocks 90s". Au premier rang de ceux-là, James et leur chanteur Tim Booth, dont le timbre et les intonations me plaisent tant. C'aurait pu être Stutter, Gold Mother, Seven (ou Booth and the bad angel), mais je retiens avant tout Laid, dont j'apprécie chaque instant (en partie grâce à la production de Brian Eno). De Manchester également, Morrissey, évidemment, en solo depuis la séparation des Smiths. Le choix de l'album pourra paraître moins évident, c'est en tout cas celui que je ré-écoute le plus, les autres me paraissant un poil datés. Autres figures anglaises, Guy Chadwick de House of Love qui aura composé des tas de chansons imparables dont beaucoup sont réunies dans cet album, et le classieux Luke Haines, et the Auteurs : J'ai choisi new Wave, mais en réalité il faudrait également citer Now i'm a cowboy, After Murder Park, son projet Baader Meinhof (et dans une moindre mesure, le premier album de Black Box Recorder). Peter Walsh, enfin, avec the Apartments : C'est l'unique groupe de cette sélection que j'aurai vu en concert.

James, Laid (Fontana, 1993)
House of Love, s/t (Fontana, 1990)
Morrissey, Southpaw Grammar (Wea, 1995)
the Apartments, a life full of farewell (Hot, 1995)
the Auteurs, New Wave (Restless, 1995)
à suivre...

vendredi 1 octobre 2010

La nausée

Moi qui suis assez branché "auteurs russes", je n'avais jamais lu jusqu'alors "Le Maître et Marguerite" de Mikhaïl Boulgakov. Jusqu'à cet été.

Pas vraiment de réflexion à portée existentielle, métaphysique ou sociologique à vous citer, mais des passages intéressants pour ce qu'ils me rappellent du roman, ou pour ce qu'ils décrivent.

En ce début de septième chapitre, on découvre pour la première fois le personnage secondaire qu'est Stephan Likhodieïev, en proie à un mal de tête que je partage ce soir.

Si le matin du lendemain, on avait dit à Stephan Likhodieïev: Stepan, tu seras fusillé si tu ne te lèves pas à l'instant même!
Stepan aurait répondu, d'une voix languissante et à peine perceptible:
- Fusillez-moi, faites de moi ce que vous voudrez, mais je ne me lèverai pas.

Se lever? Il avait l'impression qu'il ne pouvait même pas ouvrir les yeux, parce que, si jamais il s'en avisait, un éclair allait fulgurer et faire voler sa tête en éclats. Dans cette tête carillonnait une lourde cloche, entre les globes des yeux et les paupières closes flottaient des tâches brunes frangées d'un vert éblouissant, et, pour comble, Stepan sentait monter en lui une nausée, et cette nausée lui semblait avoir un rapport étroit avec les sons obsédants d'un phonographe.

[...] quelle heure il était, et quel jour était-on, et quel mois - Stepan l'ignorait absolumment, et, qui pis est, il ne parvenait pas à savoir où il se trouvait. Il voulut tirer au clair, tout au moins, cette dernière question, et pour ce faire il décolla, non sans peine, sa paupière gauche. Dans la pénombre, quelque chose lui envoya un reflet blafard. Stepan, à la longue, reconnut le trumeau, et comprit qu'il était étalé de tout son long dans son propre lit, dans la chambre à coucher. A ce moment, il ressentit un choc si douloureux dans sa tête qu'il ferma les yeux et poussa un gémissement.

Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov (1940)