samedi 20 juillet 2019

De la polarisation de la société

Il y a quelques jours une information a été largement reprise : selon un ancien ingénieur de Google (reprenant une étude), "pour chaque mot d'indignation ajouté à un tweet, le taux de retweet augmente en moyenne de 17% [...] En d’autres termes, la polarisation de notre société fait partie du modèle commercial"

Le même jour, Samuel Laurent, à la tête cinq années durant de rubrique "Les décodeurs" du Monde, dressait, sur la base d'un ultime tweet vindicatif, le constat suivant :

Il n’y a plus de place, sur ce réseau, pour autre chose que du campisme pur et dur. Le campisme, pour faire simple, est une expression qui vient du marxisme, et qui signifie la réduction caricaturale de tout phénomène à un affrontement entre "camps", voire l’acceptation de travers venus de son propre "camp" au nom de la lutte contre l’adversaire. [...]

Si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Il n’y a aucune place à une lecture critique ou qui bousculerait mes idées reçues : j’attends d’un média qu’il me conforte dans ce que je pense déjà. S’il ne le fait pas, il a tort et et m’a trahi, en tant que lecteur. Le contrat de confiance est donc rompu à tout jamais. Et surtout, un désaccord ne peut pas venir d’un biais de perception dû à ma propre lecture, à mes propres opinions, à mes propres biais. Non, il ne peut être qu’absence de "neutralité" et "opinion". Quel paradoxe d’ailleurs que cette injonction à la neutralité de la part de personnes dont l’activité sur ce réseau consiste à justement donner leur opinion et militer pour l’imposer.

Les réseaux sociaux sont des machines à polariser et à agréger des communautés antagonistes. On y trouve du plaisir en ferraillant, mais aussi dans l’empathie collective de partager le même « combat », les mêmes « valeurs », les mêmes cibles aussi. [...] Dans cette « royal battle », il n’est aucune place pour la neutralité pourtant constamment scandée par les acteurs de la baston : [...] le factuel n’a d’intérêt que s’il constitue un argument à opposer à l’autre camp. L’information factuelle n’est que la trame de fond sur laquelle se tisse la lutte, le prétexte à un commentaire ou à une interpellation publique pour son « camp » et contre celui d'en face.

Ce n'est plus un débat : débattre suppose d’écouter les arguments de l’autre, voire d’accepter qu’on représente soi même un point de vue et que celui-ci peut être contredit. Sur les réseaux, on ne débat plus ; on assène. On ne donne pas un point de vue, mais une vérité, et il n’y a pas d’autres points de vue, mais des mensonges ou des aveuglements. Y compris ceux des journalistes lorsqu’ils ne vont pas dans notre sens. Je n’aime pas un de tes articles ? Je te déchois à tout jamais, toi et tout ton journal, de ma confiance lectorale.

Texte intégral ici :

mercredi 26 juin 2019

I sing for answers

I never was the things I said I was
But it's not as if I lied
What I was, all I was
Was the effort to describe
Now, I may not have been born to deliver the truth
But I sure do love to ride the route

When I’m on my bicycle
I am a seagull
Made of man and metal
And I am flying, flying

Let the blind call me dark
Let the weak call me peak-ridden
Let the butchers grind our hearts
And claim there's no love within
But you can call me anything
Just as long as I can sing
Yeah, you can call me anything
Just as long as I can sing

I sing for answers
I sing for good listeners
And tired dancers

Bill Callahan - Call me anything
Shepherd in a Sheepskin Vest (Drag City, 2019)

dimanche 16 juin 2019

Draining people's energy


Co-écrite par Jemaine Clement (Flight of the Conchords), What We Do in the Shadows est une série documentaire parodique (un "mockumentary"... façon the Office ou Spinal Tap quoi) dans laquelle on suit les tribulations de quatre vampires collocataires à New York City. Trois d'entre eux correspondent en tout point à l'image qu'on se fait de cette créature de fiction... Et puis il y a Colin, peut-être le plus puissant d'entre tous :

My name is Colin Robinson. And I am what's known as a psychic vampire. Or energy vampire.


This is my office. Also known as the hunting ground. Energy vampires drain people's energy merely by talking to them. We either bore you with a long conversation, or we enrage you. In fact, you probably know an energy vampire. We're the most common kind of vampire. We are day-walkers, not affected by the sun. And we are the only kind of vampire that can drain another vampire's energy. It's very cool.

What We Do in the Shadows, S01E01 (2019)

jeudi 13 juin 2019

Un péril plus grave encore

Levi-Strauss poursuit en remettant en cause l'approche chronologique de l'enseignement philosophique (qui consiste donc à "comprendre comment les hommes avaient peu à peu surmonté des contradictions").

J'aperçois un péril plus grave encore à confondre le progrès de la connaissance avec la complexité croissante des constructions de l'esprit. On nous invitait à pratiquer une synthèse dynamique prenant comme point de départ les théories les moins adéquates pour nous élever jusqu'aux plus subtiles ; mais en même temps (et en raison du souci historique qui obsédait tous nos maîtres), il fallait expliquer comment celles-ci étaient graduellement nées de celles-là. Au fond, il s’agissait moins de découvrir le vrai et le faux que de comprendre comment les hommes avaient peu à peu surmonté des contradictions. La philosophie n’était pas ancilla scientiarum, la servante et l’auxiliaire de l’exploration scientifique, mais une sorte de contemplation esthétique de la conscience par elle-même. On la voyait, à travers les siècles, élaborer des constructions de plus en plus légères et audacieuses, résoudre des problèmes d'équilibre ou de portée, inventer des raffinements logiques, et tout cela était d'autant plus méritoire que la perfection technique ou la cohérence interne était plus grande ; l'enseignement philosophique devenait comparable à celui d’une histoire de l'art qui proclamerait le gothique nécessairement supérieur au roman, et, dans l'ordre du premier, le flamboyant plus parfait que le primitif, mais où personne ne se demanderait ce qui est beau et ce qui ne l'est pas. Le signifiant ne se rapportait à aucun signifié, il n'y avait plus de réfèrent. Le savoir-faire remplaçait le goût de la vérité. Après des années consacrées à ces exercices, je me retrouve en tête à tête avec quelques convictions rustiques qui ne sont pas très différentes de celles de ma quinzième année. Peut-être je perçois mieux l'insuffisance de ces outils ; au moins ont-ils une valeur instrumentale qui les rend propres au service que je leur demande ; je ne suis pas en danger d’être dupe de leur complication interne, ni d’oublier leur destination pratique pour me perdre dans la contemplation de leur agencement merveilleux.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

mercredi 12 juin 2019

Thèse, antithèse, synthèse

Dissertons sur les dissertations avec Claude Lévi-Strauss (dans un passage où il explique pourquoi il a délaissé l'étude de la philosophie au profit de l'éthnographie)

Là, j'ai commencé à apprendre que tout problème, grave ou futile, peut être liquidé par l'application d'une méthode, toujours identique, qui consiste à opposer deux vues traditionnelles de la question; à introduire la première par des justifications du sens commun, puis à les détruire au moyen de la seconde; enfin à les renvoyer dos à dos grâce à une troisième qui révèle le caractère également partiel des deux autres, ramenées par des artifices de vocabulaire aux aspects complémentaires d'une même réalité : forme et fond, contenant et contenu, être et paraître, continu et discontinu, essence et existence, etc. Ces exercices deviennent vite verbaux, fondés sur un art du calembour qui prend la place de la réflexion; les assonances entre les termes, les homophonies et les ambiguïtés fournissant progressivement la matière de ces coups de théâtres spéculatifs à l'ingéniosité desquels se reconnaissent les bons travaux philosophiques.

Cinq années de Sorbonne se réduisaient à l'apprentissage de cette gymnastique dont les dangers sont pourtant manifestes. D'abord parce que le ressort de ces rétablissements est si simple qu'il n'existe pas de problème qui ne puisse être abordé de cette façon. Pour préparer le concours et cette suprême épreuve (qui consiste, après quelques heures de préparation, à traiter une question tirée au sort), mes camarades et moi nous proposions les sujets les plus extravagants. Je me faisais fort de mettre en dix minutes sur pied une conférence d'une heure, à solide charpente dialectique, sur la supériorité respective des autobus et des tramways. Non seulement la méthode fournit un passe-partout, mais elle incite à n'apercevoir dans la richesse des thèmes de réflexion qu'une forme unique, toujours semblable, à condition d'y apporter quelques correctifs élémentaires : un peu comme une musique qui se réduirait à une seule mélodie, dès qu'on a compris que celle-ci se lit tantôt en clé de sol et tantôt en clé de fa. De ce point de vue, l'enseignement philosophique exerçait l'intelligence en même temps qu'il desséchait l'esprit.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

dimanche 26 mai 2019

mercredi 22 mai 2019

All My Happiness Is Gone

La dernière fois que je vous donnais des nouvelles de David Berman (Silver Jews), c'était en 2014, par le biais d'une interview de la bassiste du groupe, Cassie Berman (par ailleurs son épouse). Elle pariait alors sur son retour à la musique... Elle avait raison ! Après un hiatus de dix années, David Berman s'apprête a publier un album, cette fois sous le nom de Purple Mountains.

Voici le premier morceau, extrait de cet album à paraître le 12 juillet. Surprise, on y retrouve au cours d'une longue intro le musicien là où on l'avait laissé, c'est-à-dire dans les grottes de Cumberland pour le dernier concert de Silver Jews. A +2'06, le morceau commence, et on est très heureux de retrouver David Berman inchangé et son timbre, intact (Bon, il ramène un peu plus les cheveux "sur le dessus" alors que... barbu et chauve, c'est la classe - Coucou, Doug Martsch)

On espère en tout cas qu'il va mieux (mais on est pas sûr)
(*)

Friends are warmer than gold when you're old
And keeping them is harder than you might suppose
Lately, I tend to make strangers wherever I go
Some of them were once people I was happy to know

Mounting mileage on the dash
Double darkness falling fast
I keep stressing, pressing on
Way deep down at some substratum
Feels like something really wrong has happened
And I confess I'm barely hanging on

All my happiness is gone
All my happiness is gone
It's all gone somewhere beyond
All my happiness is gone

Ten thousand afternoons ago
All my happiness just overflowed
That was life at first and goal to go
Me and you and us and them
And all those people way back when
All our hardships were just yardsticks then, you know
You know

Not the purple hills
It's not the silver lake
It's not the snowcloud shadowed interstates
It's not the icy bike chain rain of Portland, Oregon
Where nothing's wrong and no one's asking
But the fear's so strong it leaves you gasping
No way to last out here like this for long

'Cause everywhere I go, I know
Everywhere I go, I know

All my happiness is gone
All my happiness is gone
It's all gone somewhere beyond
All my happiness is gone

Purple MountainsAll My Happiness Is Gone
(Drag City, 2019)

(*) L'histoire ne dit en effet pas si son rapport à son père - un puissant lobbyiste dénué d'éthique - a changé... Pour rappel, David Berman en parlait en ces termes : "a despicable man. My father is a sort of human molestor. An exploiter. A scoundrel. A world historical motherfucking son of a bitch". Les méfaits du père étaient tels qu'elles poussaient le fils à se taire indéfiniment.

Si Wikipedia le décrit désormais comme étant un "ancien" lobbyiste, un rapide survol du site de son cabinet (https://www.bermanco.com/about-us/) paraît démentir l'information. Comment diable suis-je tombé sur cette page ? C'est vers elle que renvoie désormais l'ancienne URL citée dans mon article de 2009 qui recensait et dénonçant ses actions (www.bermanexposed.org)

vendredi 29 mars 2019

Une double infirmité

Avec Claude Levi-Strauss, je découvre un nouveau regard, de nouvelles considérations, de nouvelles réflexions... lié(e)s à l'ethnologie, champ d'étude que je découvre.


Tel je me reconnais, voyageur, archéologue de l’espace, cherchant vainement à reconstituer l’exotisme à l’aide de parcelles et de débris.

Alors, insidieusement, l'illusion commence à tisser ses pièges. Je voudrais avoir vécu au temps des vrais voyages, quand s’offrait dans toute sa splendeur un spectacle non encore gâché, contaminé et maudit ; n'avoir pas franchi cette enceinte moi-même, mais comme Bernier, Tavernier, Manucci... Une fois entamé, le jeu de conjectures n'a plus de fin. Quand fallait-il voir l’Inde, à quelle époque l’étude des sauvages brésiliens pouvait-elle apporter la satisfaction la plus pure, les faire connaître sous la forme la moins altérée ? Eût-il mieux valu arriver à Rio au XVIIIe siècle avec Bougainville, ou au XVIe avec Léry et Thevet ? Chaque lustre en arrière me permet de sauver une coutume, de gagner une fête, de partager une croyance supplémentaire. Mais je connais trop les textes pour ne pas savoir qu’en m’enlevant un siècle, je renonce du même coup à des informations et à des curiosités propres à enrichir ma réflexion. Et voici, devant moi, le cercle infranchissable : moins les cultures humaines étaient en mesure de communiquer entre elles et donc de se corrompre par leur contact, moins aussi leurs émissaires respectifs étaient capables de percevoir la richesse et la signification de cette diversité. En fin de compte, je suis prisonnier d’une alternative : tantôt voyageur ancien, confronté à un prodigieux spectacle dont tout ou presque lui échappait - pire encore inspirait raillerie et dégoût ; tantôt voyageur moderne, courant après les vestiges d’une réalité disparue. Sur ces deux tableaux je perds, et plus qu’il ne semble : car moi qui gémis devant des ombres, ne suis-je pas imperméable au vrai spectacle qui prend forme en cet instant, mais pour l’observation duquel mon degré d’humanité manque encore du sens requis ? Dans quelques centaines d'années, en ce même lieu, un autre voyageur, aussi désespéré que moi, pleurera la disparition de ce que j'aurais pu voir et qui m'a échappé. Victime d'une double infirmité, tout ce que j’aperçois me blesse, et je me reproche sans relâche de ne pas regarder assez.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

mardi 26 mars 2019

The final move was made

RIP le grand Scott Walker... Comme on aime ici aussi Bergman, voici "The Seventh Seal", inspiré du film du même nom. 

Anybody seen a knight pass this way?
I saw him playing chess with Death yesterday
His crusade was a search for God and they say
It's been a long way to carry on

Anybody hear of plague in this town?
The town I've left behind was burned to the ground
A young girl on a stake, her face framed in flames
Cried I'm not a witch, God knows my name

The knight, he watched with fear, he needed to know
He ran where he might feel God's breath
And in the misty church, he knelt to confess
The face within the booth was Mr. Death

My life's a vain pursuit of meaningless smiles
"Why can't God touch me with a sign"
"Perhaps there's no one there", answered the booth
And Death hid within his cloak and smiled

"This morning I played chess with Death" said the knight
We played that he might grant me time
My bishop and my knight will shatter his flanks
And still I might feel God's heart in mine

And through confession's grille, Death's laughter was heard
The knight cried "No you've cheated me!
But still I'll find a way, we'll meet once again
And once again continue to play!"

They met within the woods, the knight, his squire and friends
And Death said "Now the game shall end"
The final move was made, the knight hung his head
And said "You've won, I've nothing left to play"

The minstrel filled with visions sang to his love
To look against the stormy sky
The knight his squire and friends, their hands held as one
Solemnly danced toward the dawn

His hourglass in his hand, his scythe by his side
The master Death, he leads them on
The rain will wash away the tears from their faces
And as the thunder cracked, they were gone

Scott Walker, The Seventh Seal

jeudi 14 mars 2019

All anybody really wants

Avec le retour d'Art Brut (sur disque et en concert), je ré-écoute la discographie de ce groupe à l'accent et à l'humour so british.
"Brilliant" ! (en anglais dans le texte)

My little Brother just discovered Rock & Roll
There's a noise in his head and he's out of control.

And yes it frustrates,
Let's let him make his own mistakes.
See him on the dance floor go now,
Boy those moves I just don't know how.

My little Brother just discovered Rock & Roll
He's only 22 and he's out of control.

How's he living?
With all of that unforgiving.
See him on the dance floor go now,
Boy those moves I just don't know how.

My little Brother just discovered Rock and Roll
He's only 22 and he's out of control.

He no longer likes A-sides,
He made me a tape of Bootlegs and B-sides.
And every song on that tape said, every single song said,
I want our parents to worry about us.
All we ever wanted is for our parents to worry about us.
It's all anybody really wants.

My little Brother just discovered Rock & Roll

Stay off the Crack!

Art Brut, My little brother
(Bang Bang Rock and Roll, 2005)

mardi 12 mars 2019

Jamais personne

Jean-François Jardie [Jean-Pierre Cassel], résistant arrêté par l'armée allemande, et interrogé par un officier :

- Naturellement Dupont est la seule identité que vous vous connaissiez ?
- Naturellement.
- À quelle organisation appartenez-vous ?
- Je vois pas de quoi vous voulez parler.
- Vous savez ce que vous risquez ?
- ...
- Être fusillé sous un faux nom et que jamais personne ne sache ce que vous êtes devenu.

L'Armée des ombres, Jean-Pierre Melville (1969)

jeudi 7 mars 2019

Album cover of the Week


Après (feu) Hold your Horses! dans leur clip 70 million [lien], c'est au tour d'Andrew Bird de parodier le tableau "La mort de Marat" pour son nouvel album "My Finest Work Yet", à paraître le 22 mars prochain

*
*        *

mercredi 27 février 2019

La théâtralité du quotidien

Dans l'exposition  "Scène" au BAL, le photographe Alex Majoli poursuit sa réflexion sur la théâtralité du quotidien, déclinée en somptueux clichés d'un noir profond, pris un peu partout dans le monde. Un "quotidien", parfois anodin, mais plus souvent politique.

République du Congo, 2013, Scene #9928 © Alex Majoli / Magnum Photos
Supporters des Red Devils au stade de Brazzaville

Grèce, Lesbos© Alex Majoli / Magnum Photos
A scene from the refugee camp in Idomeni, on the Greece-Macedonia border

Chine, Shenzhen (2017), Scene #1350 © Alex Majoli / Magnum Photos
Les employés d’un institut de beauté participent à une réunion de motivation avant de commencer leur travail

Alex Majoli - Scene
jusqu'au 28 avril au BAL

mardi 26 février 2019

Ascension Day



Mark Hollis, chanteur de Talk Talk, est mort hier, à l'âge de 64 ans. Avec son groupe, et notamment leurs derniers albums Spirit of Eden (1988) Laughing Stock (1991), il est l'un des précurseurs du "post-rock" (grosse influence de Bark Psychosis par exemple). A écouter également : l'album solo de Mark Hollis (1998).


Bet I'll be damned
Built the debt, I turned twos up today
Bet I'll be damned
Gets harder to sense the sail

Farewell
Mother numb to and devout to
Reckon luck sees us the same

Weighted my hand
Kill the bet, I'll burn on judgement day
Weighted my hand
Get hard hit to sense the sail

Farewell
Mother numb to and devout to
Double deal a season wrapt too lax to lapse so soon
Reckon luck sees us the same

Bed on my back
Dealt my hell, I've dealt my months of May
Bed on my back
Get parted ascension day

Farewell
Mother numb to and devout to
Reckon luck sees us the same
Reckon love deals us the same

Talk Talk - Ascension Day
Laughing Stock (Polydor, 1991)

lundi 25 février 2019

Worst band ever?

Il m'aura fallu attendre près de sept années pour prendre connaissance au cours d'une soirée - sur un "wall IRL" - de ce savoureux message de "fan", relayé par Sonic Youth sur leur page facebook (en 2012, donc).


Sonic Youth5 avril 2012

Our fans writing:

"I'm going to be 100% honest with you.

I'm 13. I have a little band. We are so much better than you. Honestly. You are the worst band I have ever seen in [my] entire life. You are worse than Rebecca Black. The bass player just hacks the bass and plays one chord. The guitar players are playing out of tune guitars and... well not even playing actually chords. I couldn't sound worse if I tried. It actually sounds like a joke to me. The drummer is okay. But honestly the vocalist is completely out of tune. Oh and The Black keys have two people and are better than you.

From: Me, and pretty much everyone else who has accidentally stumbled upon your terrible music. "

Source :


vendredi 22 février 2019

Notre ordure lancée au visage de l'humanité

Des années que je voulais lire du Claude Lévi-Strauss, tant les propos et écrits sur l'humanité qui parvenaient jusqu'à moi semblaient profonds (exemple)... et puis un jour : je trouve Tristes Tropiques dans un vieux carton de livres abandonnés, sur le trottoir.
Premier extrait.

Aujourd'hui où des îles polynésiennes noyées de béton sont transformées en porte-avions pesamment ancrés au fond des mers du Sud, où l'Asie tout entière prend le visage d'une zone maladive, où les bidonvilles rongent l'Afrique, où l'aviation commerciale et militaire flétrit la candeur de la forêt américaine ou mélanésienne avant même d'en pouvoir détruire la virginité, comment la prétendue évasion du voyage pourrait-elle réussir autre chose que nous confronter aux formes les plus malheureuses de notre existence historique ? Cette grande civilisation occidentale, créatrice des merveilles dont nous jouissons, elle n'a certes pas réussi à les produire sans contrepartie. Comme son oeuvre la plus fameuse, pile où s'élaborent des architectures d'une complexité inconnue, l'ordre et l'harmonie de l'occident exigent l'élimination d'une masse prodigieuse de sous-produits maléfiques dont la terre est infectée. Ce que d'abord vous nous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée au visage de l'humanité.

Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyage. Ils apportent l'illusion de ce qui n'existe plus et qui devrait être encore, pour que nous échappions à l'accablante évidence que vingt-mille ans d'histoire sont joués. Il n'y a plus rien à faire : la civilisation n'est plus cette fleur fragile qu'on préservait, qu'on développait à grand peine dans quelques coins abrités d'un terroir riche en espèces rustiques, menaçantes sans doute par leur diversité, mais qui permettaient aussi de varier et de revigorer les semis. L'humanité s'installe dans la monoculture, elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)

mercredi 20 février 2019

Jusqu'à la plus fine limite

Grand film de Melville, encore, "l'armée des ombres" avec un Lino Ventura, grave et impressionnant.


Je voudrais tout de même vivre, et je vais mourir, et je n'ai pas peur. C'est impossible de ne pas avoir peur quand on va mourir. C'est parce que je suis trop borné, trop animal pour y croire. Et si je n'y crois pas jusqu'au dernier instant, jusqu'à la plus fine limite, je ne mourrai jamais. Quelle découverte ! et comme elle plairait au patron ! Il faut que je l’approfondisse. Il faut...

L'Armée des ombres, Jean-Pierre Melville (1969)

samedi 2 février 2019

Last exit to "Change your mind"


Des jeunes filles qui disparaissent, une enquête, le tout dans une ville du Sud des Etats-Unis encore fortement marquée par son passé "confédéré". Camille Preaker, journaliste et par ailleurs native de cette ville, est envoyée sur place pour réaliser la chronique des événements. Elle y retrouvera tout ce qu'elle avait fui, tout ce qui a ébranlé son être par le passé.


La scénario, la réalisation, les acteurs, décors et galerie de personnages secondaires récurrents ont fait de cette série une des toutes meilleures de 2018. Les plus attentifs et appliqués d'entre vous pourront de plus s'amuser à dénicher les mots et messages dissimulés dans un grand nombre de plans, qui constituent autant d'indice reflétant l'état d'esprit de l'héroine ou la progression de l'histoire 

mardi 15 janvier 2019

Camélias

Avec une visite du musée Mucha à Prague en 2001, des expositions Art Nouveau à la Pinacothèque (2013), Paris 1900 au Petit Palais (2014), et maintenant Mucha au Musée du Luxembourg, c'est bon, on peut dire que je suis opé sur le sujet Alphonse Mucha.

Aussi ne choisirai-je qu'une de ses créations pour rendre compte de ma visite, extraite de ma série préférée : sa collaboration avec Sarah Bernhardt.


Alfons Mucha, La Dame aux Camélias (1896)
Exposée au Musée du Luxembourg jusqu'au 26 janvier !

mardi 8 janvier 2019

2018, une playlist

Je vous l'avais promise, la voici ! Ici, sur spotify (recommandé) ou deezer...
Bonne écoute !


mercredi 2 janvier 2019

2018, un palmarès

Nous sommes déjà en 2019 : Excellente année à tous !
Pour solder 2018, voici ma sélection musicale (personnelle et subjective... et circonstancielle, puisqu'ayant eu moins de temps à accorder à la musique). Bonne lecture !
(Je ne veux rien promettre mais je tâcherai de former une playlist sur cette base. Le moment venu, je vous souhaiterai alors une bonne écoute)



Les Albums
Melody's Echo Chamber - Bon Voyage
Fred Thomas - Aftering
Gontard! - Tout naît, tout s'achève Dans un disque
Marlowe - s/t
Low - Double negative
the Rock*a*teens - Sixth house
Teleman - Family Of Aliens
Kal Marks - Universal Care
Damien Jurado - The Horizon Just Laughed
Mattiel - st


Mais aussi
Art Brut - Wham! Bang! Pow! Let's Rock Out!
Beach House - 7
Bleu Russe - Missives d'amour
Calvin Johnson - A Wonderful Beast
Car Seat Headrest - Twin Fantasy
Catpower - Wanderer
Daniel Blumberg - minus
ExRe - s/t
Fontaine Wallace - s/t
Frànçois Atlas - Fleurs du mal
Frog Eyes - Violet Psalms
the Goon sax - We're not talking
Gruff Rhys - babelsberg
Iceage - Beyondless
James - Living In Extraordinary Times
Jon Hopkins - Singularity
Kamasi Washington - Heaven and Earth
Mount Eerie - now only + (after)
Mt. Wilson Repeater - V'Ger
No Age - Snares Like a Haircut
Olden yolk - st
S. Carey - Hundred Acres
the Sea and Cake - Any Day
Snail Mail - Lush
Tim Hecker - Konoyo
Tony Molina - Kill The Lights

non-2018 :
Fontarabie - s/t (2015)
the Curious Mysterie Rotting Slowly (2009) + We Creeling (2011)



Les morceaux
(en plus de tous ceux figurant dans les albums ci-dessus) :
the Beths - Future Me Hates Me ; Courtney Barnett - Need a Little Time ; Daniel Blumberg - madder ; Dominique A - Désert d'hiver ; Everything Is Recorded - Everything Is Recorded ; Flavien Berger - Deadline ; the Frights - CRUTCH ; Gabriel Garzon-Montano - Fruitflies ; Gruff Rhys - Oh Dear! ; Hope Along - How simple ; Interpol - Flight of Fancy ; MC Paul Barman - (((believe that))) ; Mitski - Nobody ; Trust Fund - Embarrassing!


Des concerts
2/6 Gus Dapperton + Mattiel @ Paloma / Nîmes
13/10 Françoiz Breut @ Médiathèque Musicale de Paris
26/10 Teleman @ Petit Bain


Des séries
Sharp Objects / Better Call Saul


Des films
Senses (Ryusuke Hamaguchi), Burning (Lee Chang-dong), Au poste! (Quentin Dupieux)


Un jeu-vidéo
Aucun... Si, j'ai refait The Legend of Kyrandia 1 (1992)