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lundi 7 septembre 2026

On n'aura pas de cuisine

Je sais qu'tu crois qu'c'est pas fini
Mais moi, je sais qu'ça l'est déjà
On n'aura pas de discussion autour de la table de la cuisine...
Parce qu'on n'aura pas d'cuisine
Parce qu'on n'aura jamais d'chez nous

Tu rencontreras pas mes amis
Et j'rencontrerai pas plus les tiens
On lira pas le journal au lit
On n'ira pas marcher l'été prochain
C'est triste, mais c'est vrai
Ouais c'est triste, mais c'est vrai

Tu rencontreras jamais ma sœur
Et j'te rendrai jamais tes livres, nan
On va juste se briser l'cœur
Et finir un peu ivres, ouais
On va juste se briser l'cœur
Et finir très très ivres

Nan, c'qui se passera, 
c'est qu'on s'verra encore, quelque fois
Et puis, on s'verra plus
Et un jour, j'mettrai ta photo dans une boîte à chaussures
Que j'rangerai sous mon lit
Pour oublier ton visage
Et j'oublierai ton visage

Nan, c'qui se passera,
c'est qu'on s'verra encore, quelque fois
Et puis, on s'verra plus
Et un jour, j'mettrai ta photo dans une boîte à chaussures
Que j'rangerai sous mon lit
Pour oublier ton visage
Et un jour dans la rue, j'croiserai un gars
J'me dirai : « Putain, il m'rappelle quelqu'un »
Et bah ce sera toi, et ça m'fera bader
Ça m'rappellera comment au début
J'pensais jamais t'oublier

Et pourtant tu vois
J'ai mis ta photo dans une boîte à chaussures
Que j'ai rangée sous mon lit
Et j'ai oublié ton visage

Ile de garde, boy
Rage Blossom (2025)



samedi 22 août 2026

Ma tête en tempête

Je ne peux pas intituler un article "L'échec patent de la monogamie" sans reproduire dans la foulée les paroles de "La monogamie" de Malajube, qui - à la ré-écoute - n'est pas loin d'être une chanson parfaite !
Rapide coup d'oeil en passant à mon palmarès des 00's... ... ouf, voilà, 8ème meilleur album de la décennie selon moi, je reste de cet avis.


Tu bourgeonnes dans ma tête
Et tu t'enfonces dans mon cerveau
Tu fais ressortir la bête
Et je sais que tu aimes les animaux

Encore une fois j'en ai trop dit
J'ai perdu ta confiance
On s'ra ensemble dans une autre vie
Car tu me sembles heureuse

Et puis de toute façon
J'ai déjà perdu ma chérie
Oh! non, au nom
De la monogamie

Encore liés par la fibre
C'est du ciment sournois
J'avoue que j'en ai déjà vu d'autres que toi
Affaiblis par la fièvre
C'est chacun chez soi
Avoue que tu en vois d'autres que moi

Ma tête en tempête, ta tête en tempête
Pour la vie, pour la nuit
J'entre par la fenêtre, sors par la fenêtre
Pour la vie, pour la nuit

Et si seulement tu m'avais dit ...
Tout simplement j'aurais dit oui
Oh! oui

T'es tellement belle quand tu souris
Que j'en perds ma conscience
Je t'aime, mais je l'aime elle aussi
Mais tu me sembles heureuse

Et puis de toute façon
J'ai déjà perdu ma chérie
Oh! non, au nom
De la monogamie

Ma tête en tempête, ta tête en tempête
Pour la vie, pour la nuit
J'entre par la fenêtre, sors par la fenêtre
Pour la vie, pour la nuit

Et si seulement tu m'avais dit
Tout simplement j'aurais dit oui
Oh! oui

Quand tu rugis, tu rougis
La bouche pleine de confettis
Et tu danses, danses, danses, toute la nuit
Et je chante sans soucis
Que la vie est belle sans jalousie
Et tu danses, danses, danses, toute la nuit

Malajube, la monogamie
Trompe l'oeil (2006)

jeudi 13 août 2026

Quand tu n’auras plus les mots

Jérôme Minière, bien que déjà présent sur ce blog, m'y paraît sous-représenté au regard de la qualité de ces textes, dans lesquels il croque avec des mots simples des sentiments diffus ou le travers des contemporanéités. Rectifions le tir avec "Pensées sans calcul", morceau annonciateur d'un album à paraître.

Tes pensées la machine les traduira
Mon amour pour toi elle le traduira
Et si je pleure, si je souris
Et si tout m’échappe
Elle le traduira

Tes prières muettes, elle les entendra peut-être
Le temps humain, elle le devinera sans le connaître

Nos fragilités, elle calculera
Et nos hésitations, peux-tu croire ça ?
Elle avalera nos pensées sans calcul
Le long des jours qui s'accumulent
Elle simulera nos émotions
Comme des signes proches de la raison

Est-ce bien, est-ce mal
Ces pensées en diagonale ?
Est-ce bien, est-ce mal,
Cette équation comme tout horizon ?

Le mystère, elle saura l’épeler
Femme ou homme jusqu’à l’extrémité
Au loin dans la garrigue de pixels
Elle touchera peut-être à l’éternel
Jusqu’à ce qu’il ne reste rien

Que ce paysage irréel
Cette équation comme tout horizon
Ces montagnes de statistiques
Ces plaines de silicium
Semblent loin de ce que nous sommes

Est-ce bien, est-ce mal
Ces pensées en diagonale ?
Est-ce bien, est-ce mal,
Cette équation comme tout horizon ?

Et quand tu n’auras plus les mots
Elle te les donnera en chiffres
Tes pensées elle les connaît déjà
Tes pensées sans calcul

Jérôme Minière, Pensées sans calcul (2026)

mardi 16 juin 2026

Ça en fait du poids

Autour de Lucie est de retour, et s'interroge sur tous ces moments, anecdotiques ou décisifs, sur lesquels on aimerait revenir en se retournant sur son passé, ou lorsque leur souvenir débarque sans crier gare au détour d'une nuit sans sommeil.


Cette danse que j'ai refusée
Cette main que je n'ai pas saisie
Ce calme que je n'ai pas su garder
Cet amour qu'on n'a pas assez dit

Je me souviens de tout
Et crois-moi
Ça en fait du poids
Je devais avoir mes raisons
Parfois
C'est comme ça

Ces instants dont je ne n'ai pas profité
Cette photo que je n'ai pas vraiment prise
Ce sourire que je n'ai pas su garder
Cеs leçons jamais vraiment apprises

Jе me souviens de tout
Et crois-moi
Ça en fait du poids
Je devais avoir mes raisons
Parfois
C'est comme ça

Ce voyage qu'on n'aura jamais fait
Ce pari qu'on n'a pas su gagner
Cet amour... Pas assez dit

Je me souviens de tout
Je devais avoir mes raisons

Je me souviens de tout
Et crois-moi
Ça en fait du poids
Je devais avoir mes raisons
Parfois
C'est comme ça

C'est comme ça
On est con

Autour de Lucie - Mes raisons
Hors Monde (2026)




vendredi 13 février 2026

These nights have no mercy on me

Connaissez-vous le Tylenol PM, médicament anti-douleur et aide au sommeil ?
Jeffrey Lewis, oui.

I need my Tylenol PM
I can't sleep now without three of them
I don't know how my life has got here
I'd do anything to just be not here
I know it's my fault I can't sleep
My fault I let her cut so deep
If I was smart, I'd be so tough
But since I'm dumb, I need this stuff

I need those Tylenol PM
I can't sleep now without me and them
I loved her more than I knew how
But it's for sure I've lost her now
These days I can take it calmly
But these nights have no mercy on me
Each night I've tried, I've really lost it
And I just can't survive being this exhausted

So give me Tylenol PM
I won't get through now without them
I know too many pills is bad
But it's less safe to feel this sad
So may dark slumbers grab and hold me
Far from what my partner told me
Far from memories and thought
Just close to this small jar I bought

Of sweet, blue Tylenol PM
I hate endorsing brands like them
But, see, depression and debasement
Has got me doing product placement
It's one or two or three or four
And I'll get through the night for sure
No wife, no kids, no life at all
Now all I've got is Tylenol

There's Cowboy Truckers songs for speed
There's Cube for booze, there's Snoop for weed
There's Prodigy with ketamine
There's Cale and Reed with heroin
Hunter S. had ibogaine
There's Reverend Davis' sweet cocaine
But how can I get great like them?
I just take Tylenol PM

I need her golden arms and ears
I need her silver thoughts and tears
I need her diamond laugh and smile
Not cheap crap from the aspirin aisle
I wish I may, I wish I might
I wish upon the candle light
I wish upon a whisky jar
I wish upon a Ringo Starr
And Charlie Watts and Brian Jones
I wish on all the Rolling Stones
I wish on all the Violent Femmes
I wish on Tylenol PMs
God gave Jews a good headstart
Made some Jews hot and some Jews smart
God gave some Jews Jerusalem
But just gave me Tylenol PM

And I need those Tylenol PM
I can't sleep now without me and them
I loved her more than I knew how
But it's for sure I've lost her now
It's one or two or three or four
Then I'll get through the night for sure
No home, no heart, no hope at all
Now all I've got is Tylenol

Jeffrey Lewis - Tylenol PM
The EVEN MORE Freewheelin’ Jeffrey Lewis (2025)

lundi 1 décembre 2025

Tout finira bien (je voudrais te faire croire)

Un artiste vous manque et tout est dépeuplé. Chaque absence sur les plateformes de streaming brise l'illusion de la disponibilité immédiate et infinie, et rappelle le scénario pas si improbable de ne pouvoir accéder à la musique qu'on aime. Comment ferais-je aujourd'hui si je n'avais les albums de Godspeed You! Black Emperor, ou Ease Down The Road de Bonnie 'prince' Billy... Quid de Fontarabie, projet post-Malajube de Julien Mineau, désormais absent et dépublié de tout internet ?

Je ne peux donc que partager le texte de ce morceau beaucoup trop beau.

Je vois la tempête qui s'en vient
Vers nous, mais tu ne vois rien
Je voudrais te faire croire
Que tout finira bien

Quand la nuit tombe sur ton visage
Que ces alarmes inondent le paysage
Je voudrais te faire croire
Que tout finira bien

Je n'ai plus le temps de me perdre
Tu es ma lanterne dans le noir
Je voudrais te faire croire
Que tout finira bien

Si tout ce qui traîne se salit
Je suis sale, je suis sale
Taché pour la vie, taché pour la vie

En attendant l'accalmie
Je garderai les yeux entr'ouverts
Je voudrais te faire croire
Que tout finira bien

Je n'ai plus le temps de me perdre
Dans la noirceur de ma tête
Je voudrais te faire croire
Que tout finira bien

Si tout ce qui traîne se salit
Je suis sale, je suis sale
Taché pour la vie, taché pour la vie

À l'abri dans l'oeil de l'ouragan
À l'abri dans l'oeil de l'ouragan

Fontarabie, Eclipses EP (2015)



jeudi 18 septembre 2025

Je ne suis plus

 Après "mes nouveaux amis n'ont pas d'amis", "je ne suis plus l'ami de tes amis"... Découvert sur Radio Campus Tours. Et vous, seriez-vous encore l'ami de ses amis ?

Hier était noir
J'ai nagé sans jamais revoir
Le bord de la piscine
La nuit est tombée si vite

Tu es partie avec mes affaires
Et revenue
Avec tout ce qui a changé chez toi
Je n'y étais plus

Et je ne peux rien y faire
Je déteste ce que je peine à oublier
Et ton digicode
S'efface de ma mémoire

Je ne suis plus
L'ami de tes amis
Désormais
Je ne suis plus

À trois reprises ils tapent des mains
Les couples tournent, le musicien continue
La course de ses doigts sur le clavier
Jusqu'au lever du jour

Trois pas à droite
Chacun s'en va de son coté
La valse trouvera d'autres victimes
Notre temps est passé

En boucle comme une ritournelle
Dans son crâne et dans une ruelle
Il vide
Le trop-plein

Je ne suis plus
L'ami de tes amis
Désormais
Je ne suis plus

*
*     *

J'aimerais m'envoler
Devant la mer
Mais il ne se passe plus rien
Non il ne se passe plus rien
J'aimerais m'en aller
Devant la mer
Mais il ne se passe plus rien
Non il ne se passe plus rien

J'aimerais tant pleurer
Devant la mer
Mais il ne se passe plus rien
Non il ne se passe plus rien

J'aimerais t'emmener
Devant la mer
Mais il ne se passe plus rien
Non il ne se passe plus rien

J'aimerais m'envoler
Devant la mer
Mais il ne se passe plus rien
Non il ne se passe plus rien

J'aimerais m'en aller
Devant la mer
Mais il ne se passe plus rien
Non il ne se passe plus rien

J'aimerais tant pleurer
Devant la mer
Mais il ne se passe plus rien
Non il ne se passe plus rien

J'aimerais t'emmener
Devant la mer
Mais il ne se passe plus rien
Non il ne se passe


Gabriel Kröger, Je ne suis plus l’ami de tes amis / devant la mer 
Single (2022)

jeudi 1 mai 2025

On se sent déchirés, mis en pièces


Cette nuit, alors que rien ne m'y prédisposait, j'ai rêvé que j'étais sur le point d'assister à un concert de Fauve (souvenez-vous). Et j'étais totalement excité à l'idée d'entendre des morceaux inédits (avec l'espoir de revivre une découverte équivalente à celle de "Jennifer", qui, soit dit en passant, aura tout de même mis près de trois ans à être pressé sur disque).

Ce rêve m'a immédiatement renvoyé à une époque, stimulante par l'arrivée de ce groupe prometteur d'une part, et moins oppressante d'autre part : l'avènement de la post-vérité n'avait pas eu lieu, anticapitalisme et écologisme pouvaient se contenter de n'être que des "opinions", pas encore la réponse vitale à des enjeux existentiels. Dans ses paroles, Fauve adressait des problématiques individuelles rencontrées par des jeunes adultes (plutôt hommes) : s'estimer, se trouver, trouver sa place dans la société et se confronter à ses attentes (travail, vie amoureuse). La réponse étant que c'est ok d'être imparfait, et les auditeurs se trouvaient compris, reconnus, acceptés, soutenus et encouragés.
Ce qui n'est pas mince.

Depuis le COVID, et avec les menaces écologiques et géopolitiques actuelles, on parle aujourd'hui beaucoup de la détérioration de la santé mentale des jeunes. Alors, pour contrer ce contexte anxiogène global, j'en appelle à la reformation de Fauve! (ou à l'apparition d'un nouveau "fauve", pourquoi pas d'ailleurs au féminin)!

On a parfois le cœur soulevé par la sauvagerie du monde
On est écoeuré par la montée de nouvelles tyrannies
La raffinement des anciennes
Par les mensonges
L'odeur du fumier dans les villes et l'horreur qui pèse sur tous nos lendemains
On s'engloutit alors dans un sombre désespoir
On a peur, on a honte
Et on est triste d'être humain
On réclame en pleurant une naissance nouvelle
Ou du moins l'admission par baptême dans une nouvelle confrérie
Mais on redoute de ne pouvoir obtenir ni l'une, ni l'autre
Que le monde refuse de s'arrêter pour nous
Et qu'on ne p[uisse] que le quitter d'un bond
Pour plonger dans une douteuse éternité

Notre foyer lui-même nous semble hostile
Comme si tous les talismans qui définissaient notre identité
S'étaient retournés contre nous
On se sent déchirés
Mis en pièces et en morceaux
On comprend alors avec terreur
Que si on ne peut pas s'asseoir pour réunir ces morceaux
Et les assembler à nouveau
On va devenir fou...
Mais parfois se produit pourtant une manière d'événements mystérieux et éblouissants
Qu'on contemple encore longtemps après
Avec un émerveillement mêlé du respect qu'impose le sacré

Fauve - Tunnel
Vieux frères Part.1 (2014)

vendredi 3 janvier 2025

The worst friend I've ever had

Mais quel est donc ce compagnon toxique chanté par Aidan Moffat dans ce morceau ?

I woke up this morning and opened you up
With a squeeze and a tender caress
We locked horns right away, I was shit on your shoe
I took a dressing down before I got dressed

I come to you for confirmation, testimony, adulation
Education, excitation, palpitation and flirtation
But you give me aggravation, insult and disinformation
Hatred, bias and predation, suicidal ideation

You take all my time, you take all my strength, you steal my love
You are the worst friend I've ever had
I let you inside, I follow you blind, I take your lead
Now I am a distant pal, an absent dad

My fingerprints all over your body
Your talons dug into my mind
My nucleus accumbens is putty in your hands
So go easy on me, please, be kind

I let you inside, I follow you blind, I take your lead
Now I am a fat recluse, a steaming ghost
You take all my time, you take all my strength, you steal my love
You are a barstool bore, a reckless host

Forged in the loins of the wild, wild west
Taste the testosterone, smell all that ego
Toys for the boys, but we think we are blessed
Wherever they're taking us, that's where we go

When will I be cured of this crippling fucking FOMO?
You went down for half an hour, and it felt good
I accepted then that you would never light this face again
But I crumbled when you came back, you knew I would

Now my eyes are on fire and my thumbs are numb
But look at these numbers, see how you want me
A slave to your rhythms, the beats of your drum
You love me then leave me, then test me and taunt me

You take all my time, you take all my strength, you steal my love
(You bait me and hate me)
I let you inside, I follow you blind, I take your lead
(You shame me and maim me)

These thoughts and opinions are all my own
Your thoughts and opinions are not my own
My thoughts and opinions are not your own
Our thoughts and opinions are not our own

Arab Strap - Sociometer blues
I'm Totally Fine with It 👍Don't Give a Fuck Anymore 👍 (2024)

Tout le monde aujourd'hui est à peu près conscient que les téléphones portables et les réseaux sociaux nous ont asservis et sont psychologiquement dommageables, si bien qu'il n'est plus ni clairvoyant, ni révolutionnaire de le clamer... Encore que ce soit ici fait avec talent.

Ceci ne saurait me dispenser de citer ce passage de l'essai de Sébastien Bohler, qui, je le rappelle, analyse les forces contemporaines à l'oeuvre (celles qui nous envoient dans le mur) et comment la constitution même ne notre cerveau les engendre ou les subissent. Le livre date de 2019, aussi convient-il de remplacer dans ce passage "Facebook" par "Instagram".


Facebook titille une fibre très sensible de notre cerveau : l'estime de soi. Ce concept désigne l'opinion que chacun d'entre nous entretient à propos de soi-même : suis-je une bonne personne, un bon amant, un bon employé? Ce sentiment d'amour-propre et de considération, pour soi dépend en partie de la confiance que nous ont donnée nos parents et, plus tard, de nos réussites personnelles, mais pour partie aussi du regard que les autres portent sur nous. C'est là que les réseaux sociaux ont trouvé un moyen d'envahir nos vies, car ils ne cessent de nous soumettre au regard des autres, et à leurs commentaires. Nous sommes alors amenés à nous demander, de plus en plus souvent, ce que nous valons aux yeux d'une multitude d'inconnus. Le problème est que nous ne sommes pas forcément faits pour cela.

Notre système nerveux a été façonné pour tenir compte d'un environnement humain restreint, riche d'environ une centaine d'individus, où les relations sont fondées sur des rencontres réelles et riches de sens, combinant plusieurs modalités sensorielles ainsi que des émotions. Dans leurs enquêtes, les anthropologues considèrent que nous maintenons un maximum de 150 relations humaines suivies et porteuses de sens. Or, sur Facebook, vous pouvez avoir facilement 1000 ou 3000 amis, et des centaines de milliers d'avis favorables, les fameux likes représentés par le symbole du pouce levé. La vraie nouveauté des réseaux sociaux, avec tout le qu'ils vous mettent en comparaison avec tout le monde. Facebook a instauré la comparaison sociale sans limite. Vous pouvez passer vos journées à essayer de vous situer par rapport à des centaines de personnes, et c'est ce que font bien des gens.

Le striatum raffole de cela. C'est lui, le vrai client de Facebook et d'Instagram. Des chercheurs en neurosciences ont voulu savoir ce qui se passait dans le cerveau des gens lorsqu'ils surfaient sur leur réseau préféré. Ils ont observé que le striatum nous envoie des récompenses sous forme de dopamine, ou des punitions sous forme de réductions de la même dopamine, selon les situations. Si vous obtenez moins de likes que ce que vous attendiez après avoir modifié votre profil, votre striatum s'éteint et votre estime de soi chute ; si vous obtenez plus de likes que vous ne le prévoyiez, ce même striatum produit de violentes décharges de dopamine qui vous apportent une bouffée de bien-être. Cela se traduit par une mise à jour de votre estime de soi au sein de vos archives personnelles, lesquelles sont tenues par une zone de votre cerveau localisée deux centimètres en retrait de votre front. Cette zone cérébrale appelée cortex préfrontal ventromédian va en tirer des conclusions sur ce que vous valez à vos propres yeux. Si vous venez d'obtenir une récompense, le cortex préfrontal ventromédian fait monter d'un cran votre estime de soi. Si vous avez reçu une punition, il la revoit à la baisse. Tout part de ce principe interne de recherche d'approbation par le striatum, une partie de nous-même qui nous enjoint constamment de faire face au jugement d'autrui, en quête de reconnaissance. 

[...] Les responsables ayant mis au point les algorithmes de ces réseaux sociaux commencent à reconnaître l'étendue du désastre. En 2017, l'ancien vice-président de Facebook chargé de la croissance des utilisateurs, Chamath Palihapitiya, s'est fendu d'une confession publique dans laquelle il regrettait d'avoir conçu un système qui détruisait le psychisme des adolescents en suscitant une incertitude continuelle quant à leur propre valeur, et en les incitant à se connecter en permanence dans l'espoir de se rassurer, produisant l'effet contraire. Le tout grâce à la puissance de « boucles de rétroaction à court terme basées sur la dopamine», qui « déchirent le lien social ». Chamath Palihapitiya n'était pas le premier cadre de Facebook à prendre la parole pour dénoncer les ravages opérés par ce média social sur la jeunesse. Quelques mois plus tôt, c'était l'ex-président de la société, Sean Parker lui-même, qui évoquait un système qui exploitait une vulnérabilité dans la psychologie humaine.

Sébastien Bohler, Le Bug humain (2019)

Cette analyse mériterait d'être réactualisée, puis qu'il n'est ici question que de participation "active" aux réseaux sociaux (avec publication de contenu). Il est aujourd'hui connu et documenté que la simple consultation nuit également à l'estime de soi.

vendredi 29 novembre 2024

Un mauvais vivant

Il y a les bons et les mauvais
Je suis un mauvais vivant
En guerre, jamais en paix
Toujours prêt à contrer les bons vivants
Mauvais vivant
Cela dit bon perdant
Respirant lentement
Traînant, râlant, rechignant
Mais bien présent
Avançant à faible allure
Allant là où il vente
Toujours plus immature
Luttant contre la pente
J′avoue je vis en reculant
J'avoue je suis un peu lent
J′avoue je vis en reculant
Je suis un mauvais vivant
J'ai tout le temps de prendre
Du bon temps par mauvais temps
En attendant, je prends
La pose du mauvais vivant
Par les temps qui courent
Je marche lent, je suis un opposant
Je suis contre si vous êtes pour
Râlant, traînant, rechignant
Toujours à contretemps

Bertrand Betsch - Un mauvais vivant
La Soupe à la grimace (1997)

jeudi 21 novembre 2024

I am a prisoner here forever

D'un film à l'autre, changeons de pays, donc de culture et d'ambiance, direction la Finlande avec "les feuilles mortes". Premier Kaurismaki que je visionne, et ce film est une grande réussite, tant pour son histoire, ses personnages et la réalisation en tant que telle !

Beaucoup de plans statiques, donnant à voir une composition de personnages pensée ! Quelle coïncidence d'ailleurs de retrouver une affiche de Rocco et ses frères dans l'un d'eux !


Ansa (Alma Pöysti) dans son appartement :
 



Point d'orgue de ce film, qui rappelle autant Jarmush (pour son amour du rock et de la musique live) que Béla Tarr (dans la succession des plans), le morceau joué par le groupe finlandais Maustetytöt.


Cette scène peut s'apprécier ici. Dans chaque regard, transparaît une histoire, une existence...


[...]

because anyway I just mainly lie down
I don't leave my house, without a reason at least
forget me, I want to be alone
I was born to sorrow and clothed with disappointments

I am a prisoner here forever
fences surround the graveyard too
when finally my last worldly task would end
you still dig me deeper into the ground
I like you but can't stand myself
I don't need others, don't know about you
I admit, if I leave
I only do it for the sake of myself

Aki Kaurismaki, les feuilles mortes (2023)

Maustetytöt - Syntynyt suruun ja puettu pettymyksin
Eivät enkelitkään ilman siipiä lennä (2020)

samedi 7 septembre 2024

Your bleeding hands

There you are
And you stand in the rain
And the rain fills your brain
And it makes you think that God
Was fucked up when he made this town

There you stand
With your bleedin' hands
And you don't understand
Why you work so goddamn hard
To be anything at all

There you are
And you drive in your car
And you wish for the stars
And you end up face down in the road
Dead as fuck

the Flaming Lips - There you are
In a priest driven ambulance (1990)

mercredi 12 juin 2024

Oh dead life

C'est tout naturellement et avec grand plaisir qu'à le suite du précédent article, je ré-écoute l'album "Night Group" de Dog Day.


Life is too short to ration out in portions
I spend my time as soon as I get, it′s gone

I'm in no rush, I'm in no rush,
Oh, I can feel a change;
I′m becoming alive again
I'm in command of my own fate
I can depend on destiny if it's safe

Become alive with me
Oh dead life, awake
Rise from your grave

Work your dead job,
Rent your home sweet homeless
It almost killed me
And I didn′t even notice it

Rise from your death
Try to notice it
Live on the edge
Or die in a bed

Dog Day, Oh dead life
Night Group (2007)

jeudi 9 mai 2024

Que le meilleur survive

J'ai fait deux enfants. Enfin... je les ai pas vraiment faits, ils se sont faits tout seuls. Enfin... ils se sont pas vraiment fait tout seuls, on se comprend. Parfois, on est conduit pas par sa tête, pas par la raison, parfois, on est conduit par l'espèce. Par les phéromones. Par le guidon. Par l'Amour peut-être. L'Amour, c'est le piège, l'astuce, le vertige qu'a trouvé l'espèce pour qu'on soit toujours là, à se reproduire quand même. À travers et malgré l'absurde, à travers et malgré l'immensité de la saloperie humaine, à travers et malgré l'horreur de chaque fin de vie, à travers et malgré la catastrophe annoncée. Peut-être l'amour, c'est l'astuce, le piège que l'espèce a trouvé pour qu'on continue à se perpétuer.

J'ai fait deux enfants. Enfin... c'est pas vraiment moi, c'est l'Amour. C'est l'Amour dans ses débuts, c'est l'Amour dans sa fin, quand il n'y en a plus. Certains enfants sont des cadeaux "pot de départ", d'autres, des cadeaux de bienvenue, un souvenir de ce qu'un jour on s'est aimés. On fait un enfant souvenir et puis "bon courage", "longue vie", "à la prochaine", "je demanderai aux gamins un de ces jour de tes nouvelles".

Peut-être qu'on fait des enfants pour ne jamais, jamais, jamais se retrouver à écrire des chansons aussi tristes que Kinou. Nino Ferrer, le rigolo a écrit les chansons les plus tristes de la Terre : le "jardin des statues où court l'enfant qu'on n'a pas eu". La deuxième chanson la plus triste de toute la chanson française. Tu m'étonnes qu'on se tire un coup de fusil tranquille quand on est capable d'écrire ce genre de tristesse infinie, et la maison près de la fontaine, et la rua madureira, et chanson pour Nathalie.  Je l'ai vu en concert ,Nino Ferrer, à Lyon en 1993, complètement dégoûté par son public à la con qui ne voulait entendre que Le téléphon.

J'ai fait deux enfants et maintenant le rapport du GIEC me dit qu'il reste trois ans à la Terre entière pour freiner à fond, "inverser la courbe" comme ils disent, repartir en arrière, redresser l'espace-temps. Trois ans pour faire tourner la Terre en arrière sur elle-même, comme Superman pour Lois Lane, autant dire, quoi... suicide direct! Il reste trois ans. Je ne vois plus qu'une dictature mondiale éclairée pour tenter de nous sauver. Je suis candidat, évidemment, bien sûr. Pourquoi pas ? Il faut bien que quelqu'un se sacrifie. Sinon, on s'en sortira pas.

J'ai fait deux enfants. C'est comme si je les avais lancés dans la fin du monde en plein dans Je suis une légende, L'armée des 12 singes, La guerre des mondes, World War Z, mélangés dans un seul film très pourri.

J'ai fait deux enfants. Et la plus grande probabilité, c'est qu'il survivent comme dans le bouquin La route de Cormac McCarthy.

J'ai fait deux enfants. Et je vois de très loin la mort arriver, mais très vite, à la vitesse d'un cheval supersonique. Qu'est-ce que je vais leur dire ? "Au revoir les enfants, adieu, courage, bonne chance mes poussins pour la guerre mondiale thermonucléaire. Go, go, go, que le meilleur survive! Évitez de vous manger l'un l'autre. Papa est désolé de vous avoir envoyés dans cette merde, pardonnez moï, je savais pas ce je faisais. C'était pas moi, c'était l'espèce qui parlait, c'était le guidon qui conduisait ".

"Souvenez-vous, quand même, si jamais.... Souvenez-vous quand même, si jamais, que papa il vous aimait."

Bruit noir - deux enfants
IV / III (2023)

vendredi 1 mars 2024

C'est à moi ça


Je sais pas ce qui me fait le plus peur entre mourir et voir la suite
[...]
Je sais pas ce qui me ferait plaisir pour mon anniversaire...
Ne pas le fêter, ça paraît être une bonne option


Le Gwendoline nouveau est arrivé ! Les voici désormais basés à Brest comme en témoignent la pochette de leur album devant l'Eglise St Louis, et le clip Rock2000.


Gwendoline - Si j'préfère
C'est à moi ça (2024)

mercredi 27 septembre 2023

C'est mon univers qui se finit


Deux heures avant la fin du monde
Même pas envie de pleurer
J'étais en pleine discussion avec mon chien
C'est juste toi qui me fais chialer

Un jour avant la fin du jour
C'est mon univers qui se finit
C'était juste toi qui est partie
J'ai passé ma vie à déprimer
Mais cinq secondes avant la fin du monde
Je la sens pour de vrai
La nucléaire, pas celle des téléréalités

Une heure avant la fin du monde
J'hésitais encorе entre Free et SFR
C'еst con ces petits problèmes
Qui nous embourbent l'esprit
Qui jouent avec nos nerfs
Qui nous charrient

Deux jours avant la fin du monde
J'avais peur d'aimer à nouveau
J'avais peur de me sentir bien
C'est fou ce que nous fait faire l'égo
On s'en brûle la peau
On s'en crame le cerveau

Cinq minutes avant la fin du monde
J'essayais de faire des projets
Des trucs qui changeraient ma vie
Comme une envie de folie
La fin du monde a commencé
Au moment, au moment où je suis né

Envie de te pisser dessus
Envie de gerber dans ton verre
On ne sait plus quelle heure il est
On n'a rien à foutre de ta drogue
L'envie d'arracher mes cheveux
Et de faire Noël avant l'heure
Envie de sauter du pont et te tomber dessus
Comme Quasimodo qu'aurait arrêté sa cloche
Comme un vendeur de SIDA
Qu'aurait plus une thune
Comme un connard sur un manège tout pété
En attendant son bus de merde

Fini la dérision
Arrêtez de rigoler
Ça ne sert à rien
Surtout quand on l'fait exprès
Le nouvel an, c'est tous les jours pour moi
J'men fous de ton invitation
Va te cracher sur les genoux
Et envoie une photo
Je pourrai enfin
Dire que j'ai des amis
Qui font la fête
À huit heures du matin

J'veux m'permettre d'aller t'inviter à danser
Même si je sais pas danser
Je vais t'embrasser sans demander
Comme dans les films qui font rêver
Je vais arrêter d'oublier de vivre
Et peut-être même ouvrir des livres
Fini les consensus, fini les cons qui sucent

J'vais me gaver comme un poulet en batterie
Arrêter de squatter mon lit
Ce sera immense, plus beau que la France
Y aura du vice, feu d'artifice
Trente secondes, cinq minutes, deux heures
Quatre ans, trois jours, une demi-heure
La fin du monde a commencé

Gwendoline - la fin du monde
Apr​è​s c'est gobelet! (2022)

mercredi 30 août 2023

Don't come over

When you're down on your luck
And you just can't cope
When the times are bleak
And the friends are few
Don't turn to me
'cause I'm no hope
Don't turn to me
'cause I don't know what to do

Maybe you should have a drink
I don't know why you ever stopped anyway

Oh, it's rough
Baby, to live
Oh, it's hard
Baby, to survive

Everyday lately
My mind feels like glass
Ready to be smashed
Ready to be smashed

Oh well, my best friend
Took a bullet through his eye
First he had a patch
Now he's got a glass eye
One hard, glass eye
He says sometimes he wishes
Both his eyes were glass

Well, it's rough
Baby, to live
And it's hard
Baby, to survive

Everyday lately
My mind feels like glass
Ready to be smashed
I'm ready to be smashed

At times I lock myself up
In my room
Don't come over
While I listen to a record
I stare at the cover
Don't come over
Don't come over
'cause I'm no hope to you
I'm no hope to you

Smog - it's rough
Wild love (1995)

mardi 27 juin 2023

I got your back

Plaisir de retrouver Conor Oberst, sans doute mésestimé pour le côté émo de son folk rock, bien que musicalement proche d'Okkervil River à pareille époque.

On pourra conseiller d'écouter "I'm Wide Awake, It's Morning" (2005), "Fevers and Mirrors" (2000) et le classique "Lifted or The Story Is in the Soil, Keep Your Ear to the Ground" (2002). Outre le morceau épique qui clôture l'album ("Let's Not Shit Ourselves"), s'y trouve également l'imparable, bienveillant et désarmant "Bowl of Oranges".


The rain, it started tapping
On the window near my bed
There was a loophole in my dreaming
So I got out of it
And to my surprise my eyes were wide
And already open
Just my nightstand and my dresser
Where those nightmares had just been

So I dressed myself and left then
Out into the gray streets
But everything seemed different
And completely new to me
The sky, the trees, houses, buildings
Even my own body
And each person I encountered
I couldn't wait to meet

And I came upon a doctor
Who appeared in quite poor health
I said, "There's nothing I can do for you
You can't do for yourself"
He said, "Oh yes you can, just hold my hand
I think that that would help"
So I sat with him a while
Then I asked him how he felt

He said, "I think I'm cured
In fact, I'm sure of it
Thank you, stranger
For your therapeutic smile"

So that's how I learned the lesson
That everyone's alone
And your eyes must do some raining
If you're ever going to grow
But when crying don't help, you can't compose yourself
It's best to compose a poem
An honest verse of longing
Or a simple song of hope

That is why I'm singing, baby don't worry
'Cause now I got your back
And every time you feel like crying
I'm gonna try and make you laugh
And if I can't, if it just hurts too bad
Then we'll wait for it to pass
And I will keep you company
Through those days so long and black

And we'll keep working on the problem
We know we'll never solve
Of love's uneven remainders
Our lives are fractions of a whole
But if the world could remain within a frame
Like a painting on a wall
Then I think we'd see the beauty
Then we'd stand staring in awe
At our still lives posed
Like a bowl of oranges
Like a story told
By the fault lines and the soil

Bright Eyes - Bowl of Oranges
Lifted or The Story Is in the Soil, Keep Your Ear to the Ground (2002)


mardi 12 juillet 2022

You don’t know where I'm from

You don’t know where I'm from
You don’t know when I'll come
You don’t know much, do you ?
Well, neither do I

When I come late in your sleep
Bringing dreams and smells from my trip
I take a shower, though I know I don’t have to
It’s a very little thing, I do for you
You don’t ask for much, do you ?
Well, neither do I

When I lay my hairy chin on your avocado skin
Sometimes you turn to me
But you don’t need to see
And when I feel like
Spending one more day
On german streets, far away
You don’t care that much, do you ?
Well, neither do I

Herman Düne, From German Streets to a Danish Bed
They Go to the Woods (2001)

jeudi 16 juin 2022

Beginning to end

Dans la rubrique "Que sont-ils devenus?", voici des nouvelles de Jordan Geiger (Minus Story, Hospital Ships), à qui j'écrivais initialement pour obtenir les paroles d'une chanson. Bien sûr, si vous ignoriez son existence jusqu'alors, ceci ne vous intéressera guère. Je publierai cependant d'ici peu un parcours d'écoute de sa discographie, ce qui permettra aux novices de s'initier à sa musique.

Voici une partie de ce qu'il m'écrit, avec, tenez-vous bien, du contenu audio "Minus Story" à côté duquel j'étais passé, puisque publié sur un bandcamp alternatif !


As you see from my website, I've been focusing on making art. I returned to college to finish my undergraduate degree last year, and this coming fall I'm going to be starting my graduate studies for visual arts. [...]

Although I've made a fair amount of music since then, I haven't had the drive to release it or play shows I used to have for a number of reasons. Here's a bit of the more experimental music I've made: https://joriya.bandcamp.com/

My favorite is probably "The Land Of Dreams" (I was very into synthesizers at the time, and still am) and "The Soul Of A Whale Sessions" is a Minus Story E.P. that we began but never finished, for a number of personal and financial reasons. [...]

Below you'll find the lyrics to Joyless, Joyless [...]

*
*      *

We’re driving the voice out,
We’re driving the ghosts out
We’re so tired we’re making something from nothing
And I can’t believe that, but you’ll never see it

It’s joyless, it’s joyless,
it’s joyless, it’s joyless.

We’re driving the voice out,
We’re driving the ghosts out
We’re so tired we’re making something from nothing
You’re kicking and screaming, the feeling is fleeting

We’re so tired, the beating,
The captain is bleeding.

Say it again,
I give and I give,
It’s joyless, joyless,
The place we’re at.

It’s joyless, joyless,
Joyless, joyless, 
Joyless, joyless
Joyless joyless.

Say it again,
Beginning to end,
It’s joyless, joyless,
The place we’re in.

Joyless, joyless,
The state we’re in.
It’s joyless, joyless,

It’s joyless, joyless,
The place we’re at. 
Joyless, Joyless

Minus Story - Joyless, joyless
The Captain Is Dead, Let the Drum Corpse Dance (2004)