dimanche 16 juin 2019

Draining people's energy


Co-écrite par Jemaine Clement (Flight of the Conchords), What We Do in the Shadows est une série documentaire parodique (un "mockumentary"... façon the Office ou Spinal Tap quoi) dans laquelle on suit les tribulations de quatre vampires collocataires à New York City. Trois d'entre eux correspondent en tout point à l'image qu'on se fait de cette créature de fiction... Et puis il y a Colin, peut-être le plus puissant d'entre tous :

My name is Colin Robinson. And I am what's known as a psychic vampire. Or energy vampire.


This is my office. Also known as the hunting ground. Energy vampires drain people's energy merely by talking to them. We either bore you with a long conversation, or we enrage you. In fact, you probably know an energy vampire. We're the most common kind of vampire. We are day-walkers, not affected by the sun. And we are the only kind of vampire that can drain another vampire's energy. It's very cool.

What We Do in the Shadows, S01E01 (2019)

jeudi 13 juin 2019

Un péril plus grave encore

Levi-Strauss poursuit en remettant en cause l'approche chronologique de l'enseignement philosophique (qui consiste donc à "comprendre comment les hommes avaient peu à peu surmonté des contradictions").

J'aperçois un péril plus grave encore à confondre le progrès de la connaissance avec la complexité croissante des constructions de l'esprit. On nous invitait à pratiquer une synthèse dynamique prenant comme point de départ les théories les moins adéquates pour nous élever jusqu'aux plus subtiles ; mais en même temps (et en raison du souci historique qui obsédait tous nos maîtres), il fallait expliquer comment celles-ci étaient graduellement nées de celles-là. Au fond, il s’agissait moins de découvrir le vrai et le faux que de comprendre comment les hommes avaient peu à peu surmonté des contradictions. La philosophie n’était pas ancilla scientiarum, la servante et l’auxiliaire de l’exploration scientifique, mais une sorte de contemplation esthétique de la conscience par elle-même. On la voyait, à travers les siècles, élaborer des constructions de plus en plus légères et audacieuses, résoudre des problèmes d'équilibre ou de portée, inventer des raffinements logiques, et tout cela était d'autant plus méritoire que la perfection technique ou la cohérence interne était plus grande ; l'enseignement philosophique devenait comparable à celui d’une histoire de l'art qui proclamerait le gothique nécessairement supérieur au roman, et, dans l'ordre du premier, le flamboyant plus parfait que le primitif, mais où personne ne se demanderait ce qui est beau et ce qui ne l'est pas. Le signifiant ne se rapportait à aucun signifié, il n'y avait plus de réfèrent. Le savoir-faire remplaçait le goût de la vérité. Après des années consacrées à ces exercices, je me retrouve en tête à tête avec quelques convictions rustiques qui ne sont pas très différentes de celles de ma quinzième année. Peut-être je perçois mieux l'insuffisance de ces outils ; au moins ont-ils une valeur instrumentale qui les rend propres au service que je leur demande ; je ne suis pas en danger d’être dupe de leur complication interne, ni d’oublier leur destination pratique pour me perdre dans la contemplation de leur agencement merveilleux.

Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques (1955)