dimanche 29 juillet 2012

Une souveraine liberté de philosopher

Il reste à montrer enfin qu'entre la Foi ou la Théologie et la Philosophie il n'y a nul commerce, nulle parenté ; nul ne peut l'ignorer qui connaît le but et le fondement de ces deux disciplines, lesquels sont entièrement différents. Le but de la Philosophie est uniquement la vérité ; celui de la Foi, comme nous l'avons abondamment montré, uniquement l'obéissance et la piété. En second lieu, les fondements de la Philosophie sont les notions communes et doivent être tirés de la Nature seule ; ceux de la Foi sont l'histoire et la philologie et doivent être tirés de l'Écriture seule et de la révélation, comme nous l'avons montré au chapitre VII. La Foi donc reconnaît à chacun une souveraine liberté de philosopher ; de telle sorte qu'il peut sans crime penser ce qu'il veut de toutes choses ; elle condamne seulement comme hérétiques et schismatiques ceux qui enseignent des opinions propres à répandre parmi les hommes l'insoumission, la haine, l'esprit combatif et la colère ; elle tient pour fidèles, au contraire, ceux-là seulement qui, dans la mesure où leur Raison a force et comme le leur permettent leurs facultés, répandent la Justice et la Charité.

Spinoza, Traité théologico-politique (1670)


La philo, c'est ma nouvelle passion entre guillemets. Mon approche théorique de la chose s'est longtemps limitée aux leçons dispensées par une prof dépressive en Terminale, à quelques dissertations pour lesquelles il aura fallu construire thèse-antithèse-synthèse agrémentées de citations bien senties (càd vaguement en rapport avec le thème de l'énoncé), et à la lecture avortée d'un ouvrage de Bergson.
En terminale, clairement, je n'étais ni prêt, ni réceptif (je ne rejette donc pas la faute sur le corps professoral).

Un peu plus tard, j'ai lu les "Propos sur le Bonheur" d'Alain, "le Monde de Sophie" sans ses passages narratifs, le "Traité d'Athéologie" de Michel Onfray. Et je remercie C. de Londres d'avoir placé entre mes mains "la puissance d'exister" du même auteur (dont je crains d'ailleurs depuis peu qu'il ne tourne mal) puis "Sphères" de Peter Sloterdijk.

L'avantage, avec la philosophie, c'est que les écrits sont toujours très référencés, puisqu'ils viennent forcément confirmer / compléter / contredire / dépasser l'existant. Donc, forcément, on remonte très vite à Nietzsche, Schopenhauer, Kant, aux Empiristes... Pas très envie d'aller au-delà, mais peut-être quand même qu'un jour, j'irai voir du côté de Platon, sans oublier les philosophies asiatiques.
L'inconvénient pour ce blog, c'est qu'aussi impressionnant qu'un ouvrage ait été, il est difficile de trouver des passages concis qui lui rendent grâce.

Ainsi, le passage sus cité constitue un parachèvement  de ce qui l'aura précédé, et l'intérêt se sera d'avantage situé dans les démonstrations.

Dans ce Traité, Spinoza poursuit l'objectif de montrer que la libre pensée et sa libre expression sont pleinement compatibles avec la Religion et l'Etat. Pour démontrer la première partie de son propos, il s'appuie donc sur une étude critique de l'Ecriture (surtout l'Ancien Testament). Cette démarche est à l'époque novatrice, et à cet égard intéressante en soi. Spinoza met à jour notamment certaines incohérences, voire contradictions (résultant du grand nombre de rédacteurs, étalés sur près de 2000 ans), montre que certains livres ne sont pas authentiques, explique dans quelle mesure la langue hébraïque a pu introduire des biais dans son interprétation et enfin que beaucoup d'images et scènes ont été ajoutées pour "la compréhension du vulgaire".
Conclusion, que je vulgarise à mon tour: il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre, le coeur éthique du message (lui, non altéré: justice et charité) n'interdit pas de philosopher librement, et seules les actions (et non les propos) permettent de juger la foi de quelqu'un. 

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