jeudi 26 septembre 2019

Douleur majestueuse

A l'ouverture de l'exposition "Baudelaire L'oeil moderne" au musée de La Vie Romantique, François Atlas a été convié à se produire en concert. Il s'est alors emparé des textes du poète pour les mettre en musique. Et c'est une réussite, puisque ni la musicalité ni les textes ne pâtissent de l'exercice. Comme l'explique François Atlas : "J'ai été frappé de la régularité et de la musicalité des vers, ils se sont glissés dans ce format pop avec limpidité."

Premier extrait choisi (à lire ici et donc à écouter )

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! — Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !


Charles Baudelaire - A Une Passante (Les Fleurs Du Mal, 1857)
Francois Atlas - A Une Passante (Les Fleurs Du Mal, 2018)

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