samedi 10 août 2013

Le sentiment du sublime

Qui ne s'est jamais laissé aller à des pensée existentielles en contemplant la voûte céleste, lors d'une nuit étoilée?
Dans le livre III (l'idée platonicienne: l'objet de l'art) du "Monde...", après avoir traité du BEAU, Schopenhauer saisit cette occasion pour évoquer le SUBLIME.



Lorsque nous nous perdons dans la considération de la grandeur infinie du monde dans le temps et dans l'espace, lorsque nous méditons sur les millénaires écoulés, les millénaires à venir — mais aussi lorsque le ciel nocturne nous met effectivement devant les yeux d'innombrables mondes en faisant ainsi pénétrer dans notre conscience l'incommensurabilité de l'univers —, alors nous sentons que nous sommes réduits à rien, nous avons le sentiment d'être un individu, un corps animé, phénomène éphémère de la volonté qui s'évanouit comme une goutte dans l'océan qui se dissout dans le néant. Mais en même temps, s'élève contre ce fantôme de notre propre vanité, contre cette impossibilité mensongère, la conscience immédiate que tous ces mondes n'existent bel et bien que dans notre représentation, ne sont que les modifications du sujet éternel de la pure connaissance ; nous constatons que nous sommes ce sujet dès que nous oublions l'individualité, ce sujet qui est le support nécessaire et la condition de tous les mondes, de toutes les époques. La grandeur du monde, qui nous inquiétait d'abord, repose désormais en nous. Notre dépendance à son égard se trouve supprimée par sa dépendance à notre égard. — Tout ceci ne pénètre cependant pas immédiatement la réflexion et ne se montre d'abord que sous la forme d'une conscience qui sent qu'on ne fait qu'un avec le monde en un certain sens (ce sens que la philosophie seule permet de rendre évident), qu'on n'est pas écrasé, mais élevé par son incommensurabilité. Il s'agit de cette conscience qui sent cela même que les Upanishads du Véda expriment par des tournures si multiples, en particulier dans la sentence déjà citée plus haut: Hae omnes creaturae in totum ego sum et praeter me aliud ens non est [Je suis toutes ces créatures et à part moi n'existe aucun autre être]. Il s'agit de l'élévation au-dessus de notre propre individu, le sentiment du sublime.

Arthur Schopenhauer, Le Monde comme Volonté et Représentation (1819)

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Le Véda ("vision" ou "connaissance" en senskrit) est un ensemble de textes indiens, de portée philosophique et métaphysique, transmise oralement de brahmane à brahmane au sein du védisme, du brahmanisme, et de l'hindouisme. Les premiers écrits remontent au XVème siècle...
...et donc Schopenhaueur est fan (il y fait très souvent référence)

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