samedi 12 mai 2012

Les rapides dragons de la nuit

Nouvel extrait du songe d'une nuit d'été, cette fois moins pour le sens que pour la beauté de la langue (ici dans la traduction de François-Victor Hugo).
Ou comment dire que "la nuit touche à sa fin" et 'le jour se lève", en mieux.

OBERON.— Tu vois que ces amoureux cherchent un lieu pour se battre : dépêche-toi donc, Robin, assombris la nuit ; Couvre sur le champ la voûte étoilée d'un brouillard accablant, aussi noir que l'Achéron, et égare si bien ces rivaux acharnés, que l'un ne puisse rencontrer l'autre. Tantôt contrefais la voix de Lysandre, en provoquant Démétrius par des injures amères ; et tantôt raille Lysandre avec l'accent de Démétrius. Va, écarte-les ainsi l'un de l'autre, jusqu'à ce que sur leur front le sommeil imitant la mort glisse avec ses pieds de plomb et ses ailes de chauve-souris. Alors tu écraseras sur les yeux de Lysandre cette herbe, dont la liqueur a la salutaire vertu d'en enlever toute illusion, et de rendre aux prunelles leur vue accoutumée. [...]

PUCK.— Souverain des fées, ceci doit être fait en hâte ; car les rapides dragons de la nuit fendent les nuages à plein vol, et là-bas brille l'avant-coureur de l'aurore. À son approche, les spectres errant çà et là regagnent en troupe leurs cimetières : tous les esprits damnées, qui ont leur sépulture dans les carrefours et dans les flots, sont déjà retournées à leur lit véreux. Car, de crainte que le jour ne luise sur leurs fautes, ils s'exilent volontairement de la lumière et sont à jamais fiancés à la nuit au front noir.

OBERON.—Mais nous, nous sommes des esprits d'un autre ordre : souvent j'ai fait une partie de chasse avec l'amant de la matinée, et, comme un garde forestier, je puis marcher dans les halliers même jusqu'à l'instant où la porte de l'Orient, toute flamboyante, s'ouvrant sur Neptune avec de divins et splendides rayons, change en or jaune le sel vert de ses eaux. Mais, pourtant, hâte-toi ; Ne perds pas un instant ; nous pouvons encore achever cette affaire avant le jour.

William Shakespeare, Le songe d'une nuit d'été (1600)

(Version originale - partielle - ci-dessous)
PUCK :
My fairy lord, this must be done with haste,
For night's swift dragons cut the clouds full fast,
And yonder shines Aurora's harbinger;
At whose approach, ghosts, wandering here and there,
Troop home to churchyards: damned spirits all,
That in crossways and floods have burial,
Already to their wormy beds are gone;
For fear lest day should look their shames upon,
They willfully themselves exile from light
And must for aye consort with black-brow'd night.

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